L'île des morts
(J'ai lu, 2001, 186 pages)
"L'île des morts" est un roman assez court mais pourtant terriblement efficace.
Pas de temps perdu en vaines explications ou expectations, dès les
premières pages, nous sommes plongés dans l'action et dans un univers
atypique.
Ici, pas de longs préambules préparatoires nous contant la
genèse de ces peuples ou de longues pages nous relatant les guerres et les
avancées technologiques pour en arriver à cet état de fait.
Non, ici, les choses sont comme acquises et le lecteur rentre de plain-pied dans ce
contexte interstellaire.
La science-fiction est bien présente, de la rencontre extraterrestre aux
manipulations génétiques pour fabriquer des vivants à partir
des données des morts mais c'est une science-fiction à la
portée de tous, dépaysante et très facilement abordable.
L'auteur flirte aussi avec la "fantasy" avec ces dieux incarnés dont le
pouvoir magique est incommensurable.
L'économie de moyen fait preuve d'une grande maîtrise
d'écriture et on a l'étrange impression que chaque mot est
compté dans ce roman, que rien n'est de trop, que le superflu est
pourchassé dans les moindres recoins et à la moindre phrase. L'action
est très présente avec des renversements très à propos
et un rythme vraiment plaisant.
Pourtant, on aurait tout de même pu souhaiter un peu plus de psychologie par
rapport à ce Francis Sandow en vie depuis plus de douze siècles...
Celle-ci n'est pas absente, loin de là, mais on aimerait en apprendre
davantage sur son passé, sur ses errances, ses doutes, ses peurs, qui ne
sont qu'évoqués. A quoi peut-on passer son temps, lorsque jamais on
ne vieillit, lorsque jamais on n'oublie? L'accent est d'ailleurs mis sur sa
passivité et la carapace qu'il s'est forgée tout au long de ces
années, accumulant de l'argent tout en évitant le maximum de
risques.
Et il en va de même pour cette fabrication des mondes, magnifique image
parfois très poétiquement utilisée dans le livre : quelques
paragraphes plus explicites sur cette activité infiniment évocatrice
n'auraient pas été de refus...
Ecrit à la première personne, ce roman est, en quelque sorte, le
journal d'un homme accusant les ans, le poids des regrets et des remords. Zelazny
profite de ce personnage pour nous faire des réflexions sur le passé,
sur les souvenirs d'un homme fatigué, qui a quasi tout vu, tout fait.
Certains souvenirs enfouis et douloureux qui reviennent périodiquement
à la surface sont pénibles, notamment ceux de la mort des proches,
des intimes. Les amours parfois durent une éternité. Alors comment
surmonter un amour perdu lorsque l'on a une éternité passée en
vain à les oublier? Comment étancher la soif de vie qui est la
condition de chaque mortel?
Avec comme thèmes de fond, l'immortalité, l'omnipotence,
l'incarnation des mythes, cet étrange petit roman, à la fois sombre
et fascinant est vraiment passionnant. Il aurait même pu se permettre une
cinquantaine de pages supplémentaires.
Note : 4/5
(joubjoub)
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