Je suis de nulle part : Sur les traces d'Ella Maillart
(Payot/Poche, 2004, 402 pages)
Ella Maillart (1903-1997), dite "Kini", née dans une famille
bourgeoise de Genève, a été championne de voile et de
ski. Elle navigue en Méditerranée à 19 ans où elle
rencontre Alain Gerbault dont elle devient l'amie. Elle part en Angleterre
où elle devient prof de français avant de tout laisser tomber
pour naviguer. Suit un séjour à Berlin où elle rencontre
Charmian, la veuve de Jack London qui l'aide financièrement pour
partir en Russie. Ses périples (à pied, à cheval, en
voiture, en camion...) sont de plus en plus longs, tournés vers le
Caucase, les déserts, la mer d'Aral, dans les steppes d'Asie
Centrale à la recherche des nomades. Elle traverse la Chine d'Est en
Ouest jusqu'au Cachemire avec Peter Fleming, se lance avec une amie
morphimane dans un raid jusqu'à Kaboul et jusqu'aux pieds des
bouddhas de Bamyan, séjourne en Inde pendant 5 ans dans un ashram
auprès d'un sage hindou où elle trouve un début de
sérénité. Finalement, c'est à Chandolin, petit
village du Haut-Valais suisse, qu'elle continuera à vivre, dans un
chalet accroché à la montagne face au Cervin. Deux fois l'an,
jusqu'à un âge plus qu'avancé, elle en sortira pour
organiser des voyages culturels en Orient. Elle s'éteint à
94 ans, sans crainte de la mort, et avec sérénité.
J'ai connu Ella Maillart en voyant l'émission de Bernard Pivot
"Apostrophes" : le charisme de cette grande femme de plus de 80 ans, aux
yeux clairs transperçants et au visage buriné, son
autorité et sa forte personnalité, m'avait impressionnée
et captivée.
Ce que j'aime dans cette biographie, c'est qu'elle est pleine de
sensibilité : Olivier Weber a mis ses pas dans les pas
d'Ella, il a refait son parcours, ses voyages, pour essayer de comprendre
ses motivations, de comprendre la femme, son dégoût de la
société occidentale empêtrée dans deux guerres
mondiales, cette envie irrésistible d'agir, de bouger, d'aller voir
cet "ailleurs" et ces peuples de nomades qui n'acceptent pas
"l'immobilité" dans tous les sens du terme, avec cette question
qu'elle se pose sans cesse : "qu'est-ce qu'on fout là...?". En fait,
c'est en un voyage intérieur, en elle-même, qu'elle trouvera
une réponse. On sent l'auteur attentif, curieux, insatisfait,
admiratif, plein d'affection et si triste quand il arrive au bout du
parcours...
Désormais, toute une nouvelle génération de
bourlingueurs, suite à la lecture de ses livres, suivent les traces
de cette grande aventurière, tels Nicolas Bouvier (aujourd'hui
décédé), Olivier Weber et plus récemment Amandine
Roche... Et c'est le voyage, non pas pour voir, mais pour être, pour
se découvrir soi-même et trouver un sens à sa vie.
Note : 5/5
(Chantal)
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Ella Maillart aurait eu cent ans en 2003. Olivier Weber, reporter de son
état, a choisi de partir à sa recherche dans un récit
imaginaire et réel, une biographie dans laquelle il s'est invité, ce
qui rend son livre très original. Olivier Weber a longtemps travaillé
en Afghanistan comme journaliste, il connaît bien ces endroits
évoqués par Ella Maillart. Comme elle, il a le goût des
départs et des expéditions sans promesse de lendemain.
Tout au long des pages, il tente une explication sur la nature nomade d'Ella
Maillart. Et si en réalité, elle ne faisait que partir à la
recherche des autres pour mieux se découvrir elle-même? Partir vers le
complet inconnu, l'esprit ouvert, avide de nouveautés.
Un merveilleux portrait de l'aventurière, empli de détails et
d'anecdotes. Il y a une partie fictionnelle, des émotions subjectives, oui,
il y a tout cela, mais quel bel hommage!
Note : 4/5
(Sahkti)
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