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Tarjei Vesaas

Les ponts
(Autrement, 2003, 180 pages)

Etrange texte dont il est difficile de parler sans raconter toute l'histoire. Torvil et Aude ont 18 ans, ce sont des amis d'enfance, leurs parents ont construit des maisons jumelles afin de pouvoir vivre côte à côte; ils nourrissent le rêve que leurs enfants se marient ensemble, histoire de prolonger cette vibrante amitié. Un jour de promenade dans la forêt, Aude et Torvil se retrouvent face à un drame (dont je ne veux rien vous dire) qui va bouleverser toute leur vie. Une rencontre va prendre une place très importante dans leurs destinées et les pousser à affronter leurs querelles identitaires. Dix-huit ans, un âge charnière en ce qui les concerne, pas vraiment adulte mais plus tout à fait enfant. De face à face en questionnements intérieurs, Aude, Torvil et Valborg (la troisième protagoniste du roman) se découvrent et tentent d'avancer dans leur vie, cahin-caha.

C'est une histoire pesante, l'atmosphère très intimiste est lourde et parfois étouffante. Heureusement que Tarjei Vesaas est un expert de l'économie de mots, les dialogues sont lacunaires, les faits à peine évoqués, car cela permet de respirer un peu tant les ambiances sont oppressantes. Ces deux jeunes en apparence insouciants (un rythme de vie réglé, sans anicroche, un destin cousu de fil blanc) éprouvent de vives souffrances existentielles qui sont admirablement bien traduites par les ambiances et les décors : une forêt sombre et devenue source de mystère malgré les années passées à s'y balader, une succession de ponts symbolisant ce passage douloureux entre l'adolescence et le monde des adultes, des parents omniprésents tout en étant complètement invisibles... Un style épuré, et en même temps, un roman tellement chargé de symboles et d'interrogations, de pistes à suivre vers lesquelles nous guide l'auteur sans jamais nous y emmener tout à fait. C'est un roman très riche à méditer longuement après l'avoir refermé, des réponses apparaissent les unes après les autres, permettant d'y voir plus clair après coup, car pendant le récit, c'est nébuleux et parfois irrespirable.

Note : 3,5/5
(Sahkti)
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Sahkti a très bien résumé ce court roman et décrit ce qu'on ressent à sa lecture. Une ambiance oppressante, trois jeunes adultes en proie à leurs angoisses et leurs désirs, des parents comme des ombres. Et tout cela (comme toujours chez cet auteur) très bien écrit, avec un symbolisme très fort. Il y a une alternance de chapitres "action" qui relatent ce qui se passe dans le récit et de chapitres davantage oniriques, ou reflétant les pensées et les sentiments des protagonistes.

Les dialogues sont souvent brefs ou coupés par les pensées des personnages, on ne prononce que le minimum, beaucoup d'échanges passent par le non-dit.

J'aime ce style minimaliste et riche en images tout à la fois, cette façon de décrire ce qui, chez les êtres humains, est si ardu à mettre en mots. Pour moi, l'écriture de Tarjei Vesaas est comme un tableau. Quand je pense à ses livres, je les vois en peinture, par exemple la forêt dans ce roman-ci. Pourtant, ce n'est pas un écrivain qui fait de longues description, mais c'est l'atmosphère et les sensations que je perçois qui me conduisent à imaginer ainsi ses écrits. C'est un peu difficile à expliquer...

Note : 4/5
(Ysla)







Les oiseaux,
Palais de glace,
Les ponts



Tarjei Vesaas est né en 1897 dans une ferme du Telemark, Norvège. Il travaille à la ferme de son père et, sans beaucoup de formation, il écrit. Il débute en 1923 avec "Profondeur de l'homme", mais il n'est remarqué qu'en 1934 avec "Le Grand Cycle". Alors, il reçoit quelques bourses pour des séjours à l'étranger. Il retourne dans la ferme et continue sa carrière d'écrivain, évoluant du romantique au réalisme au symbolisme. "Les oiseaux" (1957) et "Palais de glace" (1963) sont de la période symbolique. Vesaas est mort en 1970.





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