La mort d'Ivan Ilitch (J'ai Lu, 2005, 93 pages)
Ivan Ilitch est un fonctionnaire appliqué qui a grimpé les échelons de la réussite à force de travail mais aussi de persuasion et de pression sur autrui. Son mariage, au début heureux, le rend amer. Ses collègues ne voient plus en lui qu'une réserve de services en attente. Sa vie pourrait être belle, il essaie de s'en convaincre. Jusqu'au jour où Ivan Ilitch tombe malade. Aucun médecin ne peut le soulager, la douleur ne le quitte plus et avec elle, bientôt, la mort. Les derniers jours d'Ivan Ilitch sont pour lui l'occasion, hélas tardive, de se remettre en question et de poser des questions cruciales sur ce qu'a été sa vie, ce qu'elle aurait dû être, ce qu'il aurait surtout fallu montrer. Jusqu'au bout, l'apparence est maîtresse du royaume.
En une centaine de pages, Tolstoï pose quelques thèmes de première importance: le pouvoir de l'apparence, le poids des normes, la peur de la mort, l'absurdité de la maladie. Autant d'éléments forts qui s'imbriquent les uns dans les autres pour faire d'Ivan Ilitch un être physiquement fragile, à l'esprit tourmenté et aux certitudes cependant bien tenaces. Car même si dans les derniers instants, il réfléchit au sens de la vie, on réalise qu'il ne le fait qu'en termes de ce qu'il aurait fallu faire aux yeux des autres, pour autrui. On a beau dire qu'il n'y a plus de conventions à respecter à l'instant ultime, je constate qu'ici, il n'en est rien et jusqu'à son dernier souffle, Ilitch tentera de tester la réussite de son bonheur personnel en fonction de normes, des usages et de coutumes. La remise en question personnelle ne l'est qu'aux yeux des autres et Tolstoï le démontre avec talent. L'ironie et la désinvolture avec lesquelles les médecins considèrent leur patient, qui s'en remet entièrement à eux, tout en les maudissant, témoigne aussi à mes yeux de cet enfermement dans les apparences et la normalité. On exécute sans aller voir plus loin ce que le médecin a ordonné, on se plie, parce que c'est ainsi. Toute sa vie, Ilitch restera cet homme enfermé dans ses repères. Le constat est amer et admirablement dressé par Tolstoï.
Note : 4/5 (Sahkti)
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