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Denis Thériault est né en 1959, sur la Côte-Nord du golfe du Saint-Laurent. Il a étudié en psychologie et en art dramatique. Il a produit plusieurs textes pour le théâtre et la télévision. Il est aujourd'hui scénariste.

En 2001, Denis Thériault a remporté le 37e Prix France-Québec/Jean-Hamelin et le Prix Anne-Hébert en 2002 pour son roman L'Iguane.



Bibliographie
  • L'Iguane, XYZ Éditeurs, 2001


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Denis Thériault



L'iguane

L'Iguane est un roman qui illustre L'Eau et les Rêves de Gaston Bachelard et qui collabore L'Interprétation des rêves de Freud. Cette lecture pénètre l'univers imaginaire qui fournit aux humains un monde qui les fait vivre. Un monde qui forge une identité, un monde qui établit des filiations, un monde qui soigne, parfois en vain, les blessures laissées par les agressions issues des dérives humaines ou des éléments de la nature.

Dans ce roman, deux jeunes amis de la Côte-Nord se cherchent une filiation, dont le destin les a malheureusement privés. Luc a perdu sa mère qui s'est noyée et l'autre, le jeune narrateur, a perdu son père, atteint de «motoneigite», au cours d'une de ses randonnées par un jour de blizzard. Double malheur: cet accident a plongé sa mère, qui accompagnait son mari, dans un coma profond. C'est la donne qui enclenche un voyage fantastique aux pays des rêves afin de trouver la solution aux problèmes de ces deux jeunes, que les hasards ont rendu orphelins.

Dans une première partie, l'auteur noue une amitié entre les deux protagonistes, tout en les campant dans le décor maritime d'une petite ville située le long du fleuve St-Laurent. Le rapprochement de ces deux enfants d'onze ans s'explique du fait qu'ils se complètent. Luc représente pour l'autre la part du rêve et le narrateur apporte une sécurité affective en vivant entre deux grands-parents, qui accueillent avec plaisir l'ami de leur petit-fils, victime de la violence d'un père qu'il surnomme le Chien.

Dans un second temps, cette amitié débouche sur la santé de la mère dans le coma. Luc a la ferme intention de la libérer de son état, qui se détériore de plus en plus, obligeant ainsi le médecin à prendre la décision d'envoyer sa patiente dans un hôpital loin de Villeneuve, ville fictive où habitent les héros. Il n'est pas dit que l'ami du narrateur ne fera pas tout en son pouvoir pour que ce projet ne se concrétise pas. Du fond de son antre secret, il concocte un plan cabalistique pour redonner la santé à la mère de son ami avant qu'elle ne parte. Grâce à un rituel inventé pour célébrer son iguane empaillé, il atteindra ses fins. La mère ouvrira les yeux, et Luc acquerra une maman adoptive en redonnant la sienne à son ami. Avec ce personnage, le roman pénètre un univers fantastique répondant aux normes du genre.

Enfin, du coma de l'une, on passe à la noyade de l'autre. Cette dernière partie révèle toute la tragédie humaine, dont Luc acquitte les frais. Le roman se transforme en mythologie des eaux, où se cache sa génitrice. Le retour à l'état de foetus pour mieux renaître est exploité avec brio. Neptune n'a qu'à bien se tenir avec l'arrivée, au sein des océans, de ce Québécois aux yeux curieusement bridés. Ce mystère fait partie de la dynamique du dénouement.

Avec son roman ancré sur les berges du fleuve, l'auteur a exploité à fond la métaphore de la mer, qui vient déferler sur les flancs blessés des victimes des terriens trop lourds. Mais c'est comme pour le ciel, le bonheur passe par la mort. Ce cadeau de la mer est offert dans un emballage lyrique dans lequel les oiseaux, ces démons griffus, attendent patiemment que les héros nagent jusqu'à l'île aux Oeufs, nos Galapagos à nous, située «au mitan» du fleuve. Cette expression acadienne s'ajoute à toute la terminologie inusitée pour présenter le monde des eaux et du rêve. Denis Thériault, Anne Hébert, Arlette Cousture, Gilles Tibo nous font tous entendre le Requiem de la mer, présage de l'Alléluia de la résurrection tant attendue.

Note : 4.5/5
(Polo)

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