Le Pigeon
(LGF/Livre de Poche, 1988, 88 pages)
Décidemment Patrick Süskind a le don de créer des personnages
renversants. Ici c'est Jonathan Noël un homme dans la cinquantaine qui ayant dans sa
jeunesse vécu certains traumatismes a fini par se réfugier à Paris où il
a passé trente ans de sa vie à bosser comme gardien de sécurité pour une banque et à vivre dans une petite chambre
de bonne. Malgré qu'avec le temps il aurait pu s'installer dans un appartement décent il
a conservé durant toutes ces années sa minuscule chambre où il se sent
en sécurité et à l'abri des aléas de la vie. Mais un jour un
pigeon va bouleverser son existence...
C'est un roman psychologique très intense. On suit le personnage dans ses moindres
pensées, plutôt fêlé le bonhomme d'ailleurs, le genre de
personnages que j'adore. L'auteur a le souci du détail, des descriptions telles qu'on
croirait être dans la tête de Jonathan Noël.
J'ai beaucoup aimé! Je vous le suggère, si vous aimez les romans
psychologiques vous devriez aimer ce livre-ci qui est une grande réussite, 112 pages,
une heure ou deux de lecture alors ça vaut la peine de prendre le risque.
Note : 4.5/5
(Mousseline)
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C'est l'histoire d'une rencontre entre un homme abîmé par la vie,
qui tient le coup en s'accrochant à son quotidien de manière
désespérée. Soigneux, consciencieux, ennuyeux,
complètment prévisible, Jonathan Noël est seul. La rencontre
avec un pigeon, avec l'oeil du pigeon va être le grain de sable qui fera
trembler toute la mécanique de sa vie minutée. C'est
l'histoire d'une bascule, d'un moment de flottement, de déformation
du rapport au réel.
Un petit extrait de cette rencontre: "Il était posé devant sa
porte, à moins de vingt centimètres du seuil, dans la lueur
blafarde du petit matin qui filtrait par la fenêtre. Il avait ses
pattes rouges et crochues plantées dans le carrelage sang de boeuf
du couloir,et son plumage lisse était d'un gris de plomb: le pigeon.
Il avait penché sa tête de côté et fixait Jonathan
de son oeil gauche. Cet oeil, un petit disque rond, brun avec un point
noir au centre, était effrayant à voir. Il était
fixé comme un bouton cousu sur le plumage de la tête, il
était dépourvu de cils et de sourcils, il était tout nu
et impudemment tourné vers l'extérieur, et monstreusement
ouvert; mais en même temps il y avait là, dans cet oeil, une
sorte de sournoiserie retenue; et, en même temps encore, il ne
semblait être ni sournois, ni ouvert, mais tout simplement sans vie,
comme l'objectif d'une caméra qui avale toute la lumière
extérieure et ne laisse passer aucun rayon en provenance de son
intérieur. Il n'y avait pas d'éclat, pas de lueur dans cet
oeil, pas la moindre étincelle de vie. c'était un oeil sans
regard. Et il fixait Jonathan."
C'est un très bel exemple de glissement dans la paranoïa, avec cette
interprétation délirante du regard. Les descriptions du pigeon
sont peintes avec la palette de souvenirs d'une enfance errante,
bousculée par la guerre et la fuite vers la France libre, le sang du
carrelage et le plomb des plumes évoquant celui des proches et des
balles allemandes...
M. Süskind déroule avec grand talent le cours
détourné d'une journée d'un homme ordinaire, où
une rencontre (la projection de son propre regard dans le reflet de celui
d'un pigeon) ouvre une brèche béante sur une souffrance et
une solitude à vif.
Avec beaucoup de sensibilité et de pudeur pour son héros
pitoyable, Süskind nous montre comment le fragile équilibre
mental peut être rapidement rompu, et reprendre son cours
(ou pas...).
J'avais trouvé la lecture de Le Parfum fabuleuse; écrit dans
une époque contemporaine, Le Pigeon n'en conserve pas moins une
très belle écriture. Süskind fait partie de ces
appréciables auteurs qui suscitent les images dans l'esprit (on est
comme transporté dans un film ou une bande dessinée), sans
jamais nous faire oublier la beauté du texte.
Note : 4/5
(Grenouille)
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