Paysages aléatoires
(10/18, 2004, 224 pages)
Décidément j'aime beaucoup l'atmosphère qui baigne dans ces romans. J'ai
eu l'impression que celui-ci était la suite de Agnès.
Entre les deux, il a écrit "Verglas", que j'ai bien envie de trouver!
Nous sommes en Norvège et nous suivons le parcours initiatique de Kathrine,
employée des douanes. Elle contrôle les chalutiers qui viennent décharger
leur pêche. Elle a 28 ans, un enfant d'un premier mariage. Elle se marie une
deuxième fois à un bon parti. Mais, elle fait une découverte qui la blesse
profondément au point de décider de tout larguer et de voyager pour se retrouver.
Elle passera par Boulogne, Paris, Stocklom pour revenir dans son village, différente...
Un roman sur la solitude, la fragilité de l'amour, la douleur de vivre et les illusions
perdues. Les personnages de Peter Stamm sont toujours étranges, particuliers, à
part, mais finalement ils ne sont que ces gens très ordinaires que nous avons tous en nous.
Note : 4/5
(Calou)
********** Plongée dans la littérature suisse alémanique, sous la plume de Peter Stamm, qui en plus d'avoir des yeux fondants (ceci c'est pour la petite histoire) possède un réel talent d'écrivain.
Une histoire qui commence avec de la neige et une multitude de dégradés de blancs, à un point tel que le lecteur doit fouiller entre lignes et illusions pour déchiffrer le personnage de Kathrine. La neige, le froid, la glace, autant d'éléments chers à Peter Stamm qui nous l'avait déjà démontré dans "Verglas", paru en 1999 (Bourgois).
A travers ces "Ungefähre Landschaft" admirablement bien décrits par l'auteur, on ressent tout le désarroi de Kathrine, employée des douanes pas vraiment malheureuse mais pas très heureuse non plus. La Norvège a beau être là, le travail routinier pas trop pénible, rien n'y fait, l'envie du grand large se fait plus fort que tout et c'est l'immensité que quitte l'héroïne au profit de la trépidante Paris, avec l'espoir de retrouver un ami cher et d'oublier les vicissitudes d'un second mariage qui s'annonce raté.
La vie de Kathrine, c'est une succession d'images, de couches pourrait-on dire, tantôt rassurantes tantôt lancinantes, que ce soit dans sa vie de couple avec Thomas ou dans ses innombrables inspections de navires de contrebandiers. Kathrine a l'oeil, elle connaît les gens et leurs habitudes, elle évite de trop réfléchir mais voilà, il arrive que ses pensées prennent le dessus, elle résiste puis se dit "Pourquoi donc?". Alors elle part, elle quitte Thomas et le confort qu'il lui offre, s'enivre de bateau et de train, vogue vers la France, vers son ami Christian, vers cet homme en apparence si chaleureux. L'opposé de la neige, le soleil face au froid, les couleurs face au blanc. Mais ne dit-on pas que le blanc est inusable, qu'une aurore boréale ne peut être associée qu'à une nuit polaire, au calme et au silence?
Peter Stamm aime la neige, le blanc, la solitude, l'immensité et traduit avec beaucoup de subtilité le sentiment d'oppression allié à la liberté (cruel paradoxe) dans lequel ils nous confinent.
A signaler chez 10/18, une couverture toute aussi jolie que celle de l'édition originale.
Note : 4/5
(Sahkti)
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