Music-Hall
(Boréal, 2002)Je suis épatée par le génie de Gaétan Soucy d'avoir
su représenter la souffrance et la solitude humaine dans ce qu'elles ont de plus
misérables. Un livre très très "noir", je ne crois pas avoir déjà été
obligée de refermer un livre parce que je ne pouvais plus supporter les sensations
négatives que m'en apportaient la lecture comme je l'ai fait pour Music-Hall.
C'est l'histoire de Xavier, un pauvre type, un idiot en fait, qui se retrouve à New York
sans trop savoir comment et pourquoi. Il croit qu'il vient de Hongrie. Durant un bout
il travaille comme apprenti-démolisseur, puis ensuite dans un music-hall. Tout
ça nous permet de rencontrer plusieurs personnages qui sont intéressants certes
mais ouf quelle misère! Et la misère morale, physique, Xavier en écope
plus qu'à son tour.
Gaétan Soucy décrit très parfaitement ses personnages, tellement qu'on
entre dans leur peau et dans leur tête d'où la gamme d'émotions pour le
lecteur et c'est pas souvent beau.
Souvent, on doit réfléchir, chercher les liens entre les
évènements, se demander où l'auteur veut en venir mais ça reste que
ce n'est pas du tout une histoire compliquée à suivre, loin de là.
Mon problème est plutôt le fait que la souffrance des personnages m'a
dérangée énormément et j'essayais alors de m'empêcher de
penser à l'histoire un coup le bouquin refermé.
Le seul côté négatif: l'autruche, alors là vraiment il me semble
que ça gâchait quelque peu l'ambiance du roman ou sinon c'est moi qui n'a rien
compris à la présence de cette autruche en tout cas je n'ai pas du tout aimé.
De plus cela a donné par moment un côté loufoque à l'histoire et
franchement ça n'a pas rapport.
Un roman que je ne suggère certainement pas à tout le monde car
premièrement c'est trop éprouvant pour être divertissant et ce n'est pas
du tout le genre de roman qu'on lit dans le métro. Mais les amateurs de
littérature avec un grand L alors là vous serez très bien servi car
franchement Gaétan Soucy est un grand romancier et c'est plaisant de temps en temps de
lire un auteur de génie.
Voici un extrait que j'ai bien aimé :
"Enfin, il arriva ceci dans la rue qu'en croisant un monsieur sans traits remarquables, qui allait
sa serviette sous le bras, l'apprenti fût saisi d'une pensée à la fois dérangeante
et banale, savoir pourquoi était-il lui-même Xavier plutôt que cet homme-là? Et
c'est précisément ce qui miraculeusement se produisit, à l'instant même, Xavier
devint cet homme et cet homme devint Xavier, mais comme ni l'un ni l'autre ne conservaient aucun
souvenir d'avoir été celui qu'ils n'étaient plus, et n'avaient plus d'autres
souvenirs ou caractères que les souvenirs et caractères qui étaient ceux de
celui qu'ils étaient devenus, rien ne fut changé au bout du compte dans l'ordre
infime de l'univers, et chacun passa sa route sans s'être aperçu de rien."
Note : 4/5
(Mousseline)
**********
Xavier X. Mortanse est un jeune homme qui s'est retrouvé à New York au
début des années 30. Il se croit immigrant hongrois avec une soeur, Justine
qui est encore à Budapest. Xavier, de constitution assez frêle se trouve un
emploi dans la démolition où il se fait maltraiter par tous ses collègues
sauf un, le Philosophe. Xavier trouvera, sur un chantier, une grenouille chantante enfermée dans une
boîte. Il adoptera la grenouille et elle le mènera jusqu'au Music Hall.
On comprendra que Xavier a définitivement quelque chose de particulier, qui est-il
vraiment et que lui est-il arrivé pour ne plus se rappeler de rien.
J'ai aimé ce livre, j'ai aimé ce livre à cause du personnage de Xavier,
bien sûr, ce jeune homme, sans défense qui est à la fois un peu simplet
mais très sensible à la misère humaine qui l'entoure. J'ai aimé
ce livre parce que l'histoire se passe à New York - un peu avant le krash boursier - une
époque où on démolissait au lieu de restaurer et on jetait les gens
littéralement à la rue.
Une époque où des gens comme Xavier se retrouvaient dans cette ville
énorme et y perdaient leur âme.
J'aimerais rencontrer Gaétan Soucy pour discuter avec lui de ce livre - il y a tellement
de choses qui m'ont parues à la fois étranges, intrigantes et passionnantes.
Note : 4/5
(Lagrande)
**********
1/5 pour mes goûts personnels mais je suis consciente que l'écriture n'est pas
totalement dénuée d'intérêt, et je l'ai quand même lu
jusqu'au bout, et j'ai même souri (la grenouille, surtout!) alors 2.5/5.
Je n'ai vraiment mais vraiment pas aimé ce livre. Ce n'est pas inintéressant,
mon problème se situe à un autre niveau.
J'ai, par moments, eu l'impression qu'il avait écrit avec le dictionnaire à ses
côtés. Des pages et des pages sans avoir à consulter le dictionnaire et
tout à coup une prolifération de mots étranges, choisis et
placardés à travers l'écriture. Je n'en pouvais plus de l'imaginer se
gargarisant avec "épigastre".
Je n'ai probablement rien compris mais la syntaxe de son écriture me laissait souvent
perplexe. De plus, j'ai noté quelques erreurs d'accord dans les verbes et même
des fautes d'orthographe. Je lisais et relisais pour trouver un sens et je crois que c'est ce
qui m'a indisposée.
La fin! La fin!!! Un mauvais trip d'acide où tous ses souvenirs de films d'horreurs
et de bandes dessinées se sont entremêlés!
Mais je suis entêtée et j'essaierai quand même de lire
"La petite fille aux allumettes"!
Note : 2.5/5
(Boogok)
**********
C'est le grand rêve américain que Gaétan Soucy décortique dans ce
roman où je me suis divertie autant que j'ai réfléchi. Dans le New York
des années 20, apprenti-démolisseur (au sein d'un Ordre qui ressemble à
une mafia), Xavier Mortanse découvre la haine et la férocité d'une ville
tonitruante qui engloutit tous ceux qui s'y aventurent. On y retrouve le quotidien imaginaire
atroce et burlesque de brutes acharnés à se blesser les uns les autres.
Gaétan Soucy brosse d'inoubliables portraits: Lazarre, le contremaître
rêveur qui finira par se pendre avec une corde de guitare, Le Philosophe,
démolisseur revenu de tout qui prendra Xavier sous son aile.
Mais comment résumer les ombres et les lumières de ce roman hors du commun?
Comment traduire l'absurdité de la destinée humaine que Soucy nous livre avec
génie? "Music-Hall" est une véritable féérie à la
mesure de New York, peuplée d'énigmes et d'effroi. C'est aussi un des chants les
plus purs qu'il m'ait été donné de lire sur la souffrance mentale, la
solitude humaine et la stupeur d'exister depuis "Les saisons de la nuit" de Colum McCann.
J'ai fortement ressenti que ce roman n'a pas été dicté par une voie
mystérieuse mais qu'il fut bûché et mûri par Gaétan Soucy. Je
ne parle pas d'un chef-d'oeuvre mais d'un roman de haut niveau qui dépasse les
frontières littéraires. Des pages brûlantes. Des scènes fortes.
Soucy aligne des descriptions extraordinaires de la cruauté, la bêtise, avec un
destin ballotté au milieu. Cette histoire tragique et joyeuse, menée tambour
battant, est une véritable audace.
L'écriture y est séduisante, avec tous les styles du polar à la lettre, du
fantastique au romantique, l'écrivain épousant le dérisoire aussi bien que
le précieux. C'est écrit, construit, cultivé, plein de genres, d'une
dérive poétique qui bascule soudain dans le fantastique. Le lecteur est déjà
si étourdi que l'atroce et le merveilleux se conjuguent dans la sarabande que créée
la langue de Gaétan Soucy. L'art du contrepoint est porté à un niveau
rarement égalé.
Immense, "Music-Hall" est une succession de numéros mettant en scène des
personnages hétéroclites. Le livre, sonne, bouscule, interpelle. J'ai été
séduite et éblouie par l'écriture, l'imaginaire et l'audace de Soucy
(la grenouille chantante...), auteur que j'aime de plus en plus avec cette deuxième
lecture suivant "La petite fille qui aimait trop les allumettes", récit auquel j'ai
accordé 5 étoiles. Cette oeuvre je la qualifie de très puissante et j'encourage
les lecteurs à pénétrer l'univers de cet auteur qui s'avère pour
moi, une véritable révélation des lettres québécoises. Vite
que je lise "l'Acquittement" pour demeurer sous le charme de sa plume.
Note : 4.75/5
(Sereine)
********** Le livre raconte l'histoire de Xavier X. Mortanse, apprenti démolisseur dans le New-York des années 20. Xavier a l'air d'un simplet. On comprend très vite que ce n'est plus un petit garçon (il travaille), c'est un jeune homme, et pourtant il raisonne comme un enfant qui découvre la vie. Il a une grande naïveté et il suit sa logique de petit garçon pour appréhender sa vie. Il vit seul dans une chambre insalubre avec pour simple compagnie Scrapitchacoudou, une grenouille intelligente et sa soeur Justine en filigrane à qui il écrit des lettres. Il se dit immigré Hongrois.
Il faut noter que ce roman a été écrit entre 1998 et 2002. Gaétan Soucy précise à la fin de son livre, qu'il en a commencé l'écriture à Nagasaki. Je ne sais pas bien où il en était au moment des attentats de septembre 2001 mais ce livre me semble très imprégné de cette atmosphère de désastre (en même temps, j'imagine que ce qui se dégage de Nagasaki n'est pas très gai non plus). Par exemple, ça me trouble de lire p.183 "Des gens se jetaient par les fenêtres et Xavier contournait les corps qui tombaient "comme des pommes d'un arbre". Des jambes, des bras, "toute sortes de membres arrachés" grouillaient sur les trottoirs". Pour moi le livre porte sur la société américaine, justement une société de démolition (je pense aux guerres) et que tout oppose au rôle premier que les Etats-Unis s'étaient donné, la Statue de la Liberté tient une grande place dans le roman, mais Xavier ne comprend pas ce qu'elle symbolise, elle ne semble plus être là pour accueillir les "démunis" (mot très présent dans le roman) et les immigrants et éclairer leur route. Sans pouvoir révéler le "secret" de Xavier, je le trouve emblématique de cette société américaine constituée de gens qui n'ont pas grand chose à voir entre eux et qui ne font que cohabiter...
C'est encore une fois un très bon roman plein de fantaisies et d'humour noir (à ne pas mettre entre toutes les mains!). La grenouille me fait mourir de rire! Mais bon, c'est très sombre, et une histoire très très pessimiste... Il y a un nombre incroyable de morts, et la société entière semble s'écrouler. (Cryssilda)
|