Club des rats de biblio-net


9295 critiques, 3554 livres, 1434 auteurs



Alexandre Soljenitsyne
Le premier cercle
(Livre de poche, 1991, 823 pages)

En 1968, la parution du "Premier cercle" fit l'effet d'une bombe et le roman fut immédiatement confisqué et interdit par les autorités soviétiques. Le livre réussira néanmoins à passer à l'Ouest où il provoquera un retentissement sans précédent. En France, il obtient le prix du meilleur livre étranger la même année.

C'est que la critique dans "Le Premier cercle" est sévère et sans appel. Soljenitsyne y dénonce le système soviétique et en particulier le stalinisme de l'après seconde guerre mondiale. Aucun domaine n'en réchappe; l'auteur souligne l'absurdité et le non sens des mesures en vigueur à l'époque que ce soit dans le système judiciaire, militaire, politique, scientifique, carcéral, économique, intellectuel ou administratif. Soljenitsyne s'attaque même à la figure du "Plus Grand de tous les Plus Grands" avec des chapitres édifiants où il décrit Staline comme un homme malade, vieilli et usé, se retranchant dans ses appartements où il demeure seul et suspecte tout le monde tout en continuant à inspirer une sale terreur.

Dans ce roman, l'auteur décrit la vie des "zeks" (abréviation de Zakliouchenii qui signifie détenus) dans ces camps de déportation particuliers que sont les charachkas. Au début du livre, Soljenitsyne donne sa définition personnelle du mot "charachka" en faisant référence à "La divine comédie" de Dante. Ne sachant où mettre les grands penseurs de l'Antiquité, qui, somme toute, n'étaient que des païens, Dante imagina pour eux un endroit particulier en enfer où ils pourraient continuer de réfléchir librement : le premier cercle.

Les prisonniers de la charachka de Mavrino près de Moscou où se passe l'histoire sont des scientifiques et intellectuels de haut niveau qui ne subissent pas l'horreur des camps de travail ordinaires mais sont obligés de contribuer à la recherche technique pour la grandeur de l'URSS. Ces détenus ont été condamnés la plupart du temps de manière arbitraire à la déportation, sans jugement, pour avoir souvent seulement eu des "pensées" de trahison. Ces hommes ne comprennent donc pas la justification de leurs emprisonnements, eux qui ont combattu avec enthousiasme pour la victoire du communisme pendant la guerre et qui ont déjà souffert dans les camps de prisonniers ennemis. Beaucoup se réfugient dans le travail, d'autres dans des conversations animées ou dans la lecture de romans interdits.

Il ne faut pas nier que la lecture de ce roman est par moments assez ardue quand Soljenitsyne se lance dans de longues diatribes philosophiques ou littéraires. De même, le nombre de personnages est assez impressionnant et l'auteur n'hésite pas à passer de l'un à l'autre au gré des chapitres. On suit ainsi aussi bien les prisonniers de Mavrino que leurs gardiens, les différents ministres, les familles qui attendent désespérément leurs libérations, les employés libres qui côtoient ces ennemis du peuple... Mais la lecture n'en est cependant que plus belle et bouleversante. On s'attache à tous ces personnages et on ne peut être que révolté devant leurs vies brisées.

"Le Premier cercle" est un livre dur qui décrit de façon juste et précise un aspect terrible de l'histoire de la seconde moitié du XXème siècle. Magistral!

Note : 5/5
(liza_lou55)

Ajoutez votre critique

Pour avoir plus d'infos:

Europe: Amazon.fr
Québec/Canada/USA : Amazon.ca








Le pavillon des cancéreux,
Une journée d'Ivan Denissovitch,
La maison de Matriona,
La Roue rouge : Premier Noeud - Août 14,
Le premier cercle

Biographie



Abonnez-vous à la newsletter.

Hébergé par YourMailinglistProvider.com





©2000-2008 - Club des rats de biblio-net