Club des rats de biblio-net
Moacyr Scliar est né en 1937 à Porto Alegre au
Brésil. Il descend d'une famille d'immigrants russes juifs installés dans le sud
du Brésil, savant cocktail de cultures qui devrait le mettre à l'abri des idées
reçues et de l'intolérance.
Médecin de formation, sa production littéraire s'intensifie dès 1962.
D'origine juive russe, il introduit la thématique de l'émigration juive dans
son oeuvre. Il s'est fait connaitre avec le Centaure dans le jardin et le Carnaval des animaux
entre autres.
Ses romans, véritables contes philosophiques, puisent dans l'imaginaire
médiéval du bestiaire. Scliar manie la parabole avec beaucoup d'humour et une
aimable férocité. Son grand talent est de faire tenir ses petits univers en une
ou deux pages, quatre au plus, sans qu'on y soit à l'étroit.
Bibliographie
- Max et les félins
roman, Les Intouchables, 2003
- Sa majesté des indiens
roman, Albin Michel, 2000
- L'étrange naissance de Rafael Mendes
roman, 10/18, 1999
- Le carnaval des animaux
jeunesse, Le Serpent à plumes, 1999
- Le Centaure dans le jardin
Presses de la Renaissance, 1998
- L'oeil énigmatique
Presses de la Renaissance, 1998
- L'oreille de Van Gogh
Presses de la Renaissance, 1998
- Une pensée juive au Brésil
psychologie, L'Harmattan, 1996
- Oswaldo Cruz le Magnifique
roman, Belfond, 1994
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Max et les félins
(Éd. Les Intouchables, 2003, 101 p.)
Max est un jeune allemand obligé de quitter son pays dans les débuts de la deuxième
guerre. Il part sur un bateau pour le Brésil.
Le bateau fait naufrage et il se retrouve seul dans un canot de sauvetage avec un jaguar.
Max a le don de se mettre toujours les pieds dans les plats!
Quel petit roman charmant, rafraîchissant et plein d'humour délectable.
Un récit très coloré. Moacyr Scliar raconte drôlement bien les
choses. Mais attention car sous le couvert de l'humour se cache une pensée profonde.
Le seul hic, c'est trop court, beaucoup trop court.
C'est le premier livre que je lis de cet auteur et je suis très curieuse
de découvrir ses autres bouquins!
C'est à lire certainement!
Note : 4.5/5
(Mousseline)
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Le Brésilien Moacyr Scliar livrait en 1981 une oeuvre intéressante sur
l'univers d'un jeune Allemand, qui vint s'établir au Brésil pour fuir la
police politique naziste. La maison des Intouchables de Montréal a réédité
en 2003 cette oeuvre qui a inspiré Yann Martel, le lauréat du Man Booker
Prize avec Life of Pi afin que le lecteur soit à même de comparer les deux
ouvrages. Le lien est bien ténu: dans Max et les Félins, un Allemand quitte son
pays sur un bateau dans lequel se trouvent des animaux dans la cale, et dans Life of Pi, une
famille quitte l'Inde dans les mêmes conditions. La première oeuvre décrit
les conséquences de l'autoritarisme tandis que la seconde est d'ordre
métaphysique. Ce sont deux oeuvres différentes, qui présentent un cadre
similaire.
Dans Max et les Félins, Scliar raconte la vie de Max, un jeune Allemand tracassé
par l'autorité. D'abord celle de son père, un homme brutal qui vend des peaux
d'animaux. Le jeune garçon, affolé par ce métier, est
particulièrement effrayé par un tigre de Bengale empaillé, qui trône
dans le commerce paternel. Déjà se dessine un caractère qui s'inscrit
contre tout ce qui vient brimer la liberté. Plus tard, il est davantage excédé
par le rêve naziste. Il devient même une victime de l'autoritarisme du parti quand
le mari de son amante le dénonce auprès des autorités pour son
insubordination. Pour sauver sa peau, il quitte l'Allemagne à bord d'un bateau à
destination du Brésil. Malheureusement pour lui, il fait naufrage. Max se retrouve donc
en pleine mer, partageant son canot de sauvetage avec un passager peu commode, soit un jaguar.
Autour des félins s'érige une symbolique qui accompagne toute l'oeuvre. Les
«anthropomorphistes» vont sourciller. Scliar pose le problème de l'autorité en
recourant à l'image de la félinité. De prime abord, les animaux de cet
ordre paraissent mignons comme tout, mais ce sont des carnassiers qui chassent sans
pitié. Cette équation entre les félidés et le pouvoir totalitaire
est une mise en garde contre tous ceux qui «prétendent se saisir du pouvoir au nom du
bien du peuple. C'est cette ambition paternelle, bienveillante, mais aux conséquences
toujours meurtrières, qui a fait naître Franco et Staline», comme
l'écrivait Daniel Poliquin dans Visions de Jude.
En arrivant au Brésil après avoir été rescapé, Max
espère oublier ce passé qui l'a rendu presque fou. Il s'installe à la
campagne où il achète un domaine qu'il peut cultiver. Mais hélas, les
obsessions ne lâchent pas prise facilement. Qui devient son voisin? Quelqu'un qui lui
rappelle ses jeunes années en Allemagne. C'est suffisant pour que renaisse sa haine
viscérale pour toute autorité qui s'exerce au détriment d'autrui. L'auteur
démontre avec brio comment l'absolutisme peut détruire une personnalité
et conduire à des aberrations découlant d'une obsession maladive.
On est loin de ces oeuvres sud-américaines qui ressemblent à des épopées ensoleillées.
Max et les Félins est une oeuvre courte, forte et efficace comme Cacao d'Amado. Si l'on
veut établir des comparaisons, Le Liseur de Schlink s'y prêterait davantage. On
pourrait aussi trouver un écho de ce roman dans Les origines du totalitarisme de
Hannah Arendt ou encore chez Agota Kristof.
Note : 4.5/5
(Polo)
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