L'enfant de Noé
(Albin Michel, 2004, 150 pages)
Monsieur Schmitt est un maestro dans l'art de raconter de merveilleuses rencontres entre un
enfant et un adulte car souvent naît un subtil et délicat apprentissage:
l'amitié, l'amour et comprendre l'autre en sont les pièces maîtresses.
L'enfant de Noé ne déroge pas à la règle. L'histoire se passe en
Belgique, dans les années 40. Joseph est juif, ses parents et lui doivent se cacher.
Mais à huit ans, que comprendre de la guerre, des rafles nazies, de
l'antisémitisme? Qu'est-ce qu'être juif, chrétien?
Joseph fait la rencontre du père Pons qui l'abrite dans sa Villa Jaune, une pension
catholique, lui l'enfant juif. Et le jeune garçon va très vite découvrir
le secret du père Pons. Tous les deux vont tisser une très belle amitié,
une très belle histoire d'amour. L'un apprend à l'autre l'essentiel pour sa
survie: apprendre à être juif, perpétuer le souvenir et préserver
les traditions. Pas facile à huit ans. Surtout si l'on se sent ébloui par le
Seigneur, par l'église catholique et par les anges qui chantent dans les chapelles.
L'enfant de Noé reprend le thème de Noé et de l'arche. Il a suffi d'un
homme pour sauver l'espèce animale. Entre le père Pons et Joseph, il a suffi d'un
homme et d'un enfant pour cultiver le présent afin de préparer l'avenir. Pour ne
jamais oublier.
Formidablement écrit, ce roman s'écrit à travers les yeux d'un enfant. Les
personnages sont brossés de manière souriante, les événements de
l'Histoire sont relatés de-ci, de-là, histoire de ne pas oublier le cadre
de fond. Toutefois l'enfant vit une vie d'enfant dans un pensionnnat rempli d'enfants. Il fait
la connaissance d'un meilleur copain, Rudy, lui aussi juif. Il en veut à ses parents
d'être juifs et d'être devenus lâches à devoir se cacher. Bref, Joseph
est un petit garçon intelligent et lucide. Aux heures graves, il saisit l'importance de
la situation et fait face aux bouleversements...
L'enfant de Noé est à vivement recommander. Ce court roman d'Eric-Emmanuel
Schmitt est bouleversant, innocent, frais et solennel. Comme souvent dans les romans de l'auteur,
l'histoire délivre une émouvante leçon de vie à retenir: "Une
religion n'est ni vraie ni fausse, elle propose une façon de vivre."
Note : 4.5/5
(Clarabel)
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