Morts sans sépulture
(Gallimard, 2000, 220 pages)
Pièce en deux actes, quatre tableaux.
Les personnages de cette pièce sont des résistants qui,
après avoir suivit des ordres qu'ils savaient irréalisables,
ont été faits prisonniers dans le grenier d'une ancienne
école par des miliciens du gouvernement de Vichy. Ces gens
refuseront de dévoiler où se trouve leur chef, non seulement
pour sauver leurs amis libres, mais également pour se prouver que
leur mort n'est pas inutile et sont prêts à tout supporter,
à tout faire, dans le but de "gagner" ainsi qu'ils le disent
eux-mêmes. C'est ainsi que Sorbier s'offre une mort libre en sautant
par une fenêtre quand il sent qu'il est trop faible et trop
lâche pour ne pas dévoiler la position du chef ou que Henri
tuera le jeune François son compagnon après que la soeur de
celui-ci ait dit qu'il ne supporterait pas les tortures et parlerait aux
ennemis.
Morts sans sépulture, c'est aussi l'attitude calamiteuse et
pitoyable des miliciens français.
Une très belle pièce, tragique, poignante et prenante, qui
nous montre jusqu'à quel point l'Homme peut aller pour donner un
sens à sa mort et par là même à sa vie, rejoignant ainsi
un des thèmes favoris de Sartre, l'existentialisme.
J'ai adoré.
Extrait:
Jean: Les mains libres? Vous m'avez garrotté. Si je dis un mot, si
je fais un geste: "Et les copains?" Vous m'avez exclu, vous avez
décidé de ma vie comme de ma mort: froidement. Ne venez pas
dire à présent que je suis votre complice, ce serait trop
commode. Votre témoin, c'est tout. Et je témoigne que vous
êtes des assassins. (Un temps.) Tu l'as tué par orgueil.
Henri: Tu mens.
Jean: Par orgueil! Ils t'ont fait crier, hein? Et tu as honte. Tu veux
les éblouir, pour te racheter; tu veux t'offrir une belle mort? Ce
n'est pas vrai? Tu veux gagner, tu nous l'a dit. Tu nous as dit que tu
voulais gagner.
Note : 5/5
(Angara)
|