La tache (Gallimard/folio, 2004, 496 pages)
Coleman Silk à 71 ans et il est un ancien professeur de grec au Athena College - une
petite université du Massachussets - dans le cadre de ses nombreuses années
à Athena, il a été directeur de département et puis recteur de
l'université, un recteur pas toujours aimé de tous qui a brassé les
bonnes vieilles habitudes de plusieurs de ses collègues.
Peu avant de prendre sa retraite, Silk se voit accusé de racisme par deux
élèves noirs et il décide de donner sa démission et il vivra les
deux années suivant sa démission dans une colère profonde et il accusera
l'université de tous ses malheurs - dont la mort de sa femme Iris.
Pendant ces deux années, Coleman développera une amitié avec Nathan, un
auteur d'une soixantaine d'année et il demandera à Nathan d'écrire un
livre sur son histoire avec Athena - mais il changera subitement d'idée.
Coleman a un secret - un incroyable secret qu'il n'a jamais partagé avec personne pas
même avec sa femme ni ses quatre enfants - non seulement Coleman n'est pas juif comme il l'a
toujours laissé croire mais...
Comment Coleman vit-il avec ce secret et comment a-t-il vécu avec cela, certaines
de ses réactions, de ses comportements sont basés sur ce secret.
On retrouve aussi dans ce livre plusieurs personnages secondaires qui ont une certaine
importance - Faunia, 34 ans, la maîtresse de Coleman. Les, l'ex-mari de Faunia et
Delphine Roux, une jeune professeure venue de France qui a aidé à la chute de Coleman.
Un récit sur la vie d'un homme qui décide de renier ce qu'il est afin de vivre la
vie qu'il a choisie...
Un excellent roman très très américain!
La seule chose qui m'a "agacée" c'est que Nathan prend, un moment donné dans le
livre, le rôle de narrateur et on apprend qu'il écrit le livre sur la vie de
Coleman et que Coleman est mort et c'est une similitude dérangeante avec le livre
"Affliction" de Russell Banks.
A lire, et je vais lire les autres livres de Philip Roth.
Note : 4.25/5
(Lagrande)
********** Du grand Art! Philip Roth est surprenant, il discourt pendant des pages et des pages d'un point de détail, et on se laisse totalement envoûter par sa plume. Pour autant il n'y a pas de douceur dans ses propos, c'est du brut, de l'exposé, du raffiné de haut vol. Le grand mot de "La tache" c'est le secret. Au-delà de portraits très réussis, de la peinture au vitriol d'une Amérique hypocrite et patronnesse, tous les personnages ont un secret; Coleman bien sûr, mais aussi sa soeur (qui avait gardé le contact), Faunia, Delphine Roux, Les... Et ils sont tous si méticuleusement décrits jusque dans leurs moindres recoins, qu'une fois la dernière page tournée, on a l'impression de les avoir réellement connus, on s'est enrichis de leur histoire, et on est un peu tristes, finalement, parce qu'elle n'était pas belle.
Je suis très heureuse d'avoir enfin lu le Grand Philip Roth, très admirative devant son talent, mais il me manque un tout petit quelque chose pour l'aimer vraiment.
Note : 4.8/5
(Cuné)
********** Le livre a déjà été raconté dans les critiques précédentes, je vais donc me contenter de donner mon avis. C'était mon premier contact avec Roth et ce ne sera pas le dernier. Comme les autres personnes ayant critiqué ce livre j'ai été très sensible à l'univers de Roth, à sa densité et sa subtilité. Il crée des personnages très présents, très intenses, dont il nous dévoile les facettes les plus intimes, mais sans être pesant, en laissant la part d'ombre propre à chacun. Il lève un voile sur l'intériorité la plus profonde des êtres tout en étant capable de faire sentir que l'on ne peut jamais vraiment comprendre un être, ses ressorts et motivations les plus profondes.
Son livre articule également d'une façon suprêmement intelligente le contexte social et l'individu, en montrant par exemple comment les personnes à partir d'une même situation peuvent faire des choix complètement différents, c'est tellement rare quelqu'un qui tout en intégrant la dimension sociale qui pèse sur les individus n'en fait pas un déterminisme mécanique et simplificateur, mais juste une donnée incontournable à laquelle les individus réagissent en fonction de leur personnalité.
Un maître de la complexité finalement, et donc même si certains aspects du livre m'ont moins convaincus, par exemple le portrait caricatural de Delphine, dans lequel la part d'ombre dont je parle plus haut n'apparaissait pas, j'ai très envie de découvrir d'autres livres de Roth, certaines des critiques faites par les Rats sont très inspirantes.
Note : 3.75/5
(Melisande)
********** L'écrivain Nathan Zukerman, vieil homme, renoue avec son passé avec trois rencontres, chacune lui inspirant un roman qui nous plonge dans l'Amérique de sa jeunesse; opportunité pour nous de découvrir la société, autour de cette époque (après-guerre) et de voir évoluer les mentalités, par le prisme d'une communauté immigrée dans une petite ville industrielle.
"La Tache"
Nathan Zuckerman se lie d'amitié avec un voisin septuagénaire, Coleman Silk. Celui-ci, ancien professeur de Grec, puis recteur dynamique à l'Athena College, a brusquement démissionné quand on l'a accusé de racisme... Révolté par cette injustice, il a voulu écrire un livre pour se disculper. Son amertume s'est calmée quand il a compris qu'il ne pouvait pas l'écrire lui-même. Il se tourne alors vers Nathan, et se raconte... Mais il ne raconte pas tout, et Nathan découvrira plus tard son secret, son terrible secret, qu'il n'a partagé avec personne, pas même sa famille...
Ici encore, Nathan endosse le récit. Il part de faits concrets et il imagine ce qui s'est passé dans la tête des différents protagonistes. Mais même si les personnages ont une vie propre, et choisissent de prendre en main leur destin, cette histoire s'explique par son contexte social. C'est l'Amérique des années vingt qui a forgé Coleman Silk, et c'est l'Amérique des années quatre-vingt-dix qui l'a détruit. Les problèmes soulevés dans ce roman sont le racisme, le sentiment d'appartenance à une communauté, ethnique ou pas, les dégats causés par la guerre du Vietnam, la pudibonderie, le carriérisme, et j'en passe...
Voilà, pour moi, à travers cette trilogie, qui porte bien son nom, Philip Roth utilise ses personnages pour faire vivre et revivre l'Amérique. Avec un sens étoffé du détail, il nous en offre une description à la fois puissante et sombre, vibrante et nuancée. C'est un point de vue très intéressant, et très romanesque en même temps.
Note : 4.5/5
(Lassy)
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