Les choses
(Pocket, 1990, 157 pages)
Un superbe petit livre sur la société de consommation, encore plus
pertinent aujourd'hui qu'à l'époque. Il raconte la vie d'un jeune
couple qui n'a malheureusement pas les moyens de ses désirs.
Jérôme et Sylvie rêvent de posséder les biens
annoncés dans l'Express et cherchent à se donner un certain style
avec leurs maigres ressources. Ils ne peuvent se détourner du plaisir
ultime: posséder un divan Chesterfield. Toutefois, le couple réalise
qu'il est dans une impasse, car il n'arrive pas à améliorer sa
situation, désirant demeurer "libre" sans s'ancrer, mais ne se satisfait
plus de la vie présente. Une occasion, qu'ils saisissent, s'offre d'aller
enseigner en Tunisie. Ils se retrouvent à Sfaxe, où ils
possèderont enfin un grand appartement avec de nombreuses pièces,
disposeront de beaucoup de temps libre, pourront s'acheter de nombreux meubles,
etc. Pourtant, un malaise demeurera. Le couple possèdera enfin ce dont il
rêvait, mais il ne sera toujours pas satisfait. À quoi bon
posséder tout cela si l'on est seul pour en profiter, si l'on ne peut en
discuter avec les copains, si l'on n'a plus les références culturelles
pour "guider" notre goût? L'exostisme n'est pas la solution pour ce jeune
couple.
Georges Perec écrit presque toujours sous contraintes auto-imposées,
il compare ceci au courant classique qui requérait l'unité de temps,
de lieu, la bienséance et les alexandrins. Ses oeuvres présentes donc
souvent une construction particulière. "Les choses" surprend par son
côté "matériel": il y a beaucoup de descriptions d'objets et de
biens (le livre s'ouvre sur un travelling dans l'appartement rêvé). On
suit l'évolution des personnages, mais le matériel n'est pas que
décor, il est sur le même plan que les êtres vivants. Entre
autres, le livre ne contient que deux dialogues de deux répliques; la
narration passe du passé au futur à un point tournant de la vie des
protagonistes. Mais ces exercices ne perturbent pas du tout la lecture, au
contraire. Ce livre porte à la réflexion sur la société
de consommation, sur le besoin insatiable de toujours posséder autre chose
et sur les besoins artificiels créés par la mode et les pairs.
Incontournable.
Note : 4.5/5
(le réaliste-romantique)
Un livre à lire avant (ou après) vos achats des Fêtes. ********** Je ne comprenais pas pourquoi, quand j'étais au lycée, je n'avais pas réussi à terminer "Les Choses". Et bien, franchement, plus de dix ans après, je n'ai toujours pas compris parce que très franchement je l'ai avalé en deux heures.
Comme l'a très bien exposé "le réaliste-romantique", "Les Choses" raconte la vie d'un jeune couple des années soixante... en fait, là, je m'amuse : "raconter" est un verbe que Perec, qui effectivement écrit presque toujours sous contrainte, a totalement rayé de son vocabulaire dans ce roman. En réalité, si "Les Choses" sont une magnifique allégorie de la société de consommation (en pleine explosion à l'époque), ce livre ne raconte strictement rien. Il décrit d'un ton neutre. Le style est simple, dépouillé, presque trop.
Critiquer ce livre est extrêmement difficile. Moi qui ai pris l'habitude de dire du mal des quatrièmes de couverture, je vais pour une fois citer la phrase de Perec au dos de mon édition :
"Ceux qui se sont imaginés que je condamnais la société de consommation n'ont vraiment rien compris à mon livre."
Effectivement, Pérec ne condamne pas; il observe, il décrit, décortique la vie d'un petit couple matérialiste tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Le sous-titre "une histoire des années 60" est donc totalement justifié, et je me suis pris à me demander en le lisant ce que Pérec écrirait aujourd'hui sur le même sujet. Voilà au moins un auteur qui fait travailler notre imaginaire.
Le hic, hélas, c'est que cette oeuvre est totalement réussie.
C'est-à-dire que Pérec écrit dans un style totalement vidé, l'histoire creuse de gens creux, totalement déshumanisés. Ce qui est une grande victoire pour l'auteur, et une grande défaite pour le lecteur qui s'ennuie à mourir. Sur le même thème, Boris Vian avait écrit une chanson excellente dix ans plus tôt. Toujours le même thème, Pierre Desproges écrivit un sketch hilarant dix ans plus tard. La chanson de Vian et le sketch de Desproges n'ont pas pris une ride... peut-on en dire autant du roman de Pérec?
On parlait récemment d'universalité des oeuvres : et bien voilà l'archétype du livre pas du tout universel, qui était sans doute génial en 65 mais qui apparaît comme totalement périmé et ch**** en 2006.
"Ceux qui se sont imaginés que je condamnais la société de consommation n'ont vraiment rien compris à mon livre", qu'il disait. Eh bien moi j'aimerais bien qu'il m'explique quel était le but de son livre? Endormir le lecteur ? Bien sûr non... ce livre est à la fois totalement réussi et totalement raté. L'auteur a atteint son but mais à quel prix?
Non parce que bon, le début est bon, mais 156 pages sur le sujet c'est au moins 140 de trop.
Note : 1/5
(Thomas)
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