Monstres invisibles
(Gallimard/La noire, 2003, 300 pages)
Toujours dans son style si particulier, avec ses reprises de mêmes
expressions tout au long du roman, avec cynisme et humour noir, Chuck
Palahniuck revient détricoter l'Amérique des apparences pour dénoncer
cette fois le mercantilisme d'un monde asservi au culte de la beauté et de
la mode.
Shannon est une jeune top model talentueuse, entourée d'un charmant petit
ami et d'une meilleure amie qui exerce le même métier qu'elle. Elle aura
tout eu pour réussir jusqu'au jour où une balle traverse son pare-brise,
et fait voler en éclat et sa machoire, et son avenir professionnel.
Défigurée, elle sent tous ses repères s'éloigner d'elle, vivant en retrait
de tout puisque dorénavant le visage dissimulé, elle se fond dans le
décor, elle qui était jusqu'alors sous le feu constant des projecteurs.
Elle rencontre alors Brandy Alexander, une somptueuse créature, en passe de
devenir enfin femme, au terme d'une série d'opérations, qui doit se
conclure par une vaginoplastie à la pointe de la technologie. Brandy la
prend sous son aile, lui attribue une autre identité pour repartir à zéro,
flanquée de Seth Thomas, un étrange dandy victime de cocktails hormonaux
qui lui font - entre autre - pousser les seins, et éclater régulièrement en
sanglots. Le trio écume les luxueuses résidences mises en vente, et profitant de la
niaiserie des agents immobiliers, traque tout ce qui peut ressembler à un
trésor dans ces demeures de rêves: les armoires à pharmacies pour les
médicamments qui les feront planer, et les vêtements et maquillages de
luxe qui leur permettent de conserver les apparences.
Au gré de son écriture cahotique, les révélations habilement maîtrisées
émaillent ce road-movie, dans un chaos chronologique où le passé de
Shannon se reconstitue peu à peu, tandis qu'elle se construit petit à
petit une nouvelle identité.
Un conseil: si ce roman vous intéresse, évitez les recherches et avis sur
internet, les révélations sur les mystères de l'intrigue (qui est qui, qui
a tiré, pourquoi....) sont largement éventés, et c'est regrettable. Ce qui
m'a plu dans ce roman, hormis le style de l'auteur, ce sont les
rebondissements qui ajoutent tant à la lecture. Par contre, par des
voyages incessants entre passé et présent, il faut s'accrocher pour
suivre, mais ça en vaut la peine.
Note : 4/5
(Nirvana)
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