La Fille tatouée
(Stock, 2006, 373 pages)
En refermant ce livre, je me suis dit "Quel génie!". Parce que la fin, qui
pourrait sembler banale ou facile, est en réalité une interrogation
profonde et dérangeante sur le sens de la culpabilité et de la
vengeance. Une réflexion qui prend tout son sens quand on sait qu'à
de nombreuses reprises dans le roman, il est question de l'Holocauste, du
révisionnisme et du poids de la faute à porter. Joyce Carol Oates
réalise ici un coup de maître en glissant autant d'intensité
dans un roman qui raconte une histoire somme toute assez simple de relation entre un
professeur d'université fou de Virgile et de littérature liée
à l'Holocauste et sa jeune assistante, femme brute et insensible, qui n'a
qu'une idée en tête, le tuer. Parce que petite, on lui a dit qu'il
fallait haïr les Juifs et que Joshua Seigl, son employeur, est Juif. Nous
sommes à Mount Carmel, le récit se déroule de nos jours et
aujourd'hui encore (l'actualité nous le répète hélas
tous les jours), l'obscurantisme fait son sale travail.
Beaucoup de sensisibilité et de pudeur dans la plume de Oates et aussi,
comme toujours chez elle, cette habileté à décrypter les
sentiments humains et à les exposer via des monologues de qualité.
Que ce soit Seigl sur sa maladie qui peu à peu le diminue tant physiquement
que moralement. Ou Alma Bush qui se convainc tant bien que mal que son employeur
doit être haï et en même temps, plaint et aidé.
A mes yeux, un des meilleurs de l'auteur, d'une autre veine mais tout aussi
plaisant que "Les chutes". La plume de Joyce Carol Oates, déjà de
très bonne qualité, gagne en maturité et en excellence au fil
des années. Les situations ou les faits qu'elle dénonce le sont avec
plus de subtilité encore et leur actualité permanente n'en est que
plus dérangeante.
La fin de ce livre m'a fait penser à ce que j'avais éprouvé
lorsque le film "Dogville" s'achève: un malaise par rapport à la
vengeance que l'on souhaite pourtant (ce qui n'est pas forcément le cas de
tout lecteur ici, mais cette vengeance fait partie intégrante du
récit), tout en sachant que ce n'est guère très moral. Et de
la moralité, chez Joyce Carol Oates, il en est souvent question, mais pas
toujours celle qu'on imagine...
Note : 5/5
(Sahkti)
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