Un enfant prodige
(Gallimard/folio junior, 81 pages, 2005)
Je dois admettre avoir eu quelques difficultés à entrer dans cette
histoire d'Irène Némirovsky: ce petit roman publié alors
qu'elle n'avait que 24 ans révélait son talent et son goût du
sombre et du cynisme. Le jeune personnage d'Ismaël Baruch est un gamin de
treize ans, pauvre, qui traîne sur les ports, dans les tavernes, connaît
déjà l'amour dans les bras de pauvres filles de passage. Sa rencontre,
déterminante, avec le couple de cette princesse et du barine, en fait un
ancien poète, désormais ivre, sans talent et à la recherche de
son ombre, va l'introduire dans un univers de paillettes. Sur ses frêles
épaules, dépend également l'avenir de sa famille, ses parents
devenant des "nouveaux riches", un thème très cher dans la
littérature d'Irène Némirovsky.
Dans "Un enfant prodige" elle se sert du passage à l'adolescence pour percer
les "lois du marché": l'enfant ne donne plus, la princesse non plus, et
inversement. En grandissant, cet enfant s'aperçoit également qu'il ne
peut apprendre la poésie comme les mathématiques, pas dans les
manuels. Et puis il subit sa métamorphose physique avec le même
effarement, le même dégoût. "Autrefois, il avait
été un enfant prodige; à présent, il n'était plus
qu'un garçon gauche et stupide comme les autres...".
Ce petit roman raconte le drame de l'égarement, de l'exil, de l'isolement. Le
personnage d'Ismaël, enfant prodige, est à l'image de tous ces jeunes
"singes savants", exploités, exposés, puis lâchement
abandonnés. J'ai beaucoup de mal à conseiller ce livre pour un
lectorat d'à partir de 11 ans, comme le préconise cette édition
Folio junior. La présente édition n'offre que l'intérêt
de mettre en scène un garçonnet de treize ans, pour trouver un
rapprochement, car l'histoire et le parcours d'Ismaël trahissent un monde
cruel, lointain, qui peut difficilement toucher les jeunes adolescents
d'aujourd'hui. (Encore que?...)
Note : 3/5
(Clarabel)
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