Miso Soup (Philippe Picquier, 2003, 280 pages)
"In The Miso Soup" n'est pas le plus connu des romans de Murakami. S'il fallait faire le
lien entre l'auteur et son oeuvre, il serait plus judicieux de s'attaquer aux "Bébés
de la consigne automatique".
Kenji sert de guide du Tokyo by Night. Il a été engagé
par Frank, un Américain on ne peut plus étrange. Dès leurs premiers
échanges, Kenji capte une aura bizarre chez cet Américain moyen. Frank est
gras. Frank est plutôt quelconque. Ces fixations communes à toute
entrée en matière romanesque, instants photosémantiques (vous
m'excuserez le néologisme) suspendus comme immuables, poussent vite le lecteur
à tomber dans l'abîme d'une nervosité à fleur de peau. Quand
Kenji se présente (le récit est à la première personne), il
nous parle distraitement d'un crime horrible qui a eu lieu à Kabukichô.
Murakami nous entraîne ainsi dans cette voie sans issue glauque et purulente où
les êtres se travestissent continuellement, débordés par une
réalité qu'ils ne perçoivent plus.
On apprend assez vite que Frank est un personnage hors du commun. Il serait même de
bon ton de dire qu'il est un être qu'il faut éviter à tout prix.
D'apparence affable, il laisse vite échapper des gestes effrayants. Le portrait
que l'auteur nous peint au fil des pages tend à ressembler à ce portrait de
Dorian Gray qui devient tordu et difforme, qui sombre dans l'horreur et
l'incompréhensible. Cette progression dans le récit est tout simplement
fascinante.
Au fur et à mesure, Kenji comprend qu'il a affaire à un être
réellement inquiétant. Frank n'est pas comme les touristes auquel il fait
habituellement visiter le Tôkyô décadent. Leurs errances nocturnes les
conduisent à un point de rupture vis-à-vis de la réalité.
Frank laisse Kenji entrer dans son intimité. Il le laisse appréhender et
deviner ses secrets. Frank est un tueur. Entre monstre sanguinaire et débile
déchargé d'une partie de son cerveau, il emmène le jeune homme dans
l'oeil du cyclone. Kabukichô lui-même disparaît peu à peu dans le
rapport étrange qui se crée entre deux civilisations compromises. Frank et
Kenji s'évertuent à vivre dans un espace vide. Une multitude de lieux qui
sonnent creux.
Au-delà du récit, Murakami informe. Le Japon est vu sous un angle
habituellement ignoré. Sa démarche ethnosociologique ne cherche pas à
expliquer ni à récuser. La plume montre. Il y a le constat flagrant d'un
lieu déraisonné qui s'enfonce dans des chemins de traverse sales et ignorés. La prostitution
lycéenne, l'immigration, le statut des marginaux, un ensemble
d'éléments que nous ne connaissons que trop rarement sur ce pays, victime
d'une passion exacerbée et souvent très ciblée. Exit le
phénomène des kogaru, quoiqu'il soit insinué dans des
démonstrations de chaos ponctuelles. Exit la folie de Shinjuku, de Shibuya et du
vieux Tôkyô. Murakami nous enfonce dans ces lieux oubliés et pourtant
bien vivants. Ils nous y emmènent comme Kenji le fait avec Frank et nous montre, le
sourire narquois, que notre regard biaisé ferait mieux de se remettre à
scruter un peu plus précisément les espaces.
"In the Miso Soup" est un grand roman. D'abord parce qu'il dépasse le simple polar excessif mais aussi, et
surtout, parce qu'il ôte les oeillères au lecteur jusqu'alors gavé de
clichés et de lieux communs sur un pays qui décidément ne se laisse
pas comprendre si aisément.
Le seul reproche que je pourrais faire au roman c'est un certain goût d'inachevé.
C'est sans doute dû à ma frustration de la fin. L'idée qu'un roman
qui me fascine ait une fin, ça me fait froid dans le dos.
Note : 4/5
(Izobretenik)
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J'ai lu ce livre, "Miso Soup"; je l'ai fini ce samedi.
Ce que je peux en dire, c'est qu'il ne ressemble en rien à ce que j'avais lu auparavant.
J'ai bien aimé quand Kenji opposait les deux cultures japonaises et américaines,
les différences entre l'appréciation différente des mots entre les deux
pays. J'ai aimé aussi quand il parlait de Tokyo (un des quartiers), ça m'a fasciné!
Le troisième côté de ce roman, le côté un peu macabre, m'a
laissé comme une impression bizarre, sans doute à cause des relations entre Kenji
et Frank...
Je n'ai pas lu d'autres livres de Ryû Murakami, je ne peux pas vraiment comparer mais
ça me donne envie d'essayer ses autre romans!
Note : 4/5 (Shan_Ze)
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