En l'absence de Blanca
(Seuil, 2004, 128 pages)
Autre recommandation de l'auteur Antonio Munoz Molina, son dernier roman, une petite
perle, En l'absence de Blanca.
Magnifique roman, En l'absence de Blanca raconte l'histoire d'un amour absolu d'un homme
pour une femme. Histoire banale, sauf qu'elle est servie de la très belle plume
d'Antonio Munoz Molina. Ses mots transcendent la relation entre Mario et Blanca, deux
êtres que tout opposait, deux êtres qui allaient s'aimer mais à compte
à rebours.
Mario est un employé modèle, fonctionnaire ponctuel, fils de paysans, il vit dans un
appartement cossu dans la petite ville de Jaen. Blanca appartient à la classe
supérieure, bourgeoise et cultivée. Leur rencontre, improbable, survient un soir
de sortie dans un bar: la jeune femme est désoeuvrée, encore écorchée
par une violente relation qu'elle termine avec un type, genre artiste maudit.
Mais tout ça, le narrateur nous l'apprend progressivement car son histoire commence
avec "la femme qui n'est pas Blanca" mais porte son chemisier de soie verte, ses jeans ajustés et
ses chaussures à talons plats. Cette femme qui n'est pas Blanca a les mêmes gestes
qu'elle: les poses, la façon de fumer sa cigarette, les chastes baisers qu'elle donne,
les regards... Qui est cette imposteuse?
Et qui est Blanca, d'abord? On devine l'importance de cette femme, l'importance dans la vie de
l'homme qui parle au lecteur. Une femme qu'il a rencontrée, aimée peu à
peu, épousée pendant sept ans, puis perdue. Un amour dévastateur,
omniscient et désespéré.
Mario raconte son amour. Comment le refus d'aller à une exposition sur Frida Khalo a
bouleversé son épouse, laquelle a oublié cette escapade en parlant d'un
travail qu'on lui proposait... et d'abord soulagé de la crise passée, l'homme se
rendra compte trop tard de ce que cela cachait. Et donc à reculons, Mario remonte sa
relation jusqu'à la rencontre, le passé de la jeune femme meurtrie par une
aventure malsaine. Il remonte le cours du chapitre de sa vie auprès de Blanca, car
celle-ci est partie. On le sait, on le devine. On découvre pourquoi peu à peu.
"Quelle présomption d'avoir tenu l'amour de Blanca pour assuré, quel aveuglement
insensé d'avoir pu croire que le danger n'existait plus, que leur vie commune allait se
perpétuer, toujours sereine, comme se perpétue votre travail lorsque vous avez
réussi un concours. L'accusation indirecte de Blanca était peut-être
justifiée: lui, Mario, s'était transformé en un fonctionaire mental, avait
pensé que se marier était comme décrocher un poste de titulaire,
comme cet emploi de dessinateur qu'il occupait au Conseil général où il
accumulait peu à peu expérience, routine et triennats."
"En l'absence de Blanca" parle d'un amour fini, parle d'une histoire entre deux personnes
opposées. Et ces oppositions sillonnent le récit et mènent à la
conclusion fatale: deux personnes différentes ne font pas forcément bon ménage...
Magnifique roman. Magnifique surtout par l'écriture très stylisée de
l'auteur, une plume élégante et poétique. Un vrai régal.
Note : 5/5
(Clarabel)
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