Carlota Fainberg
(Seuil/Points, 2002, 186 pages)
Si ce n'est le titre du roman, on pourrait s'interroger sur le rôle de Carlota Fainberg
dans ce roman d'Antonio Munoz Molina. La blonde et sculpturale Carlota, fantasme d'un homme
que Claudio, narrateur de l'histoire, a rencontré par hasard dans un aéroport de
Pittsburgh.
Résumons l'histoire du roman: la rencontre entre deux hommes bloqués dans un
aéroport et le déballage verbial de ce Marcelo sur un épisode de sa vie,
la rencontre de la sublime Carlota Fainberg dans un hôtel de Buenos Aires.
Le contraste entre les deux hommes est souligné par le narrateur, lui éminent
professeur universitaire contre cet autre espagnol vulgaire, fruste et prétentieux.
Cela donne de truculents commentaires: l'autre "tellement cheap pour dire les choses
crûment", lui "adapté aux rites et à la réserve de
l'étiquette universitaire nord-américaine"... pour finalement être reconnu
comme un pair, "aussi vite comme un de ses compatriotes, c'était que je partageais
peut-être, sans m'en rendre compte, quelque chose de sa vulgarité, de sa brutale
franchise espagnole." (L'effet de boomerang ne se fera pas attendre: d'appartenir au "vieux machisme espagnol" lui
jouera des tours en fin de roman...).
C'est seulement à mi-parcours du récit qu'est enfin introduite Carlota Fainberg,
qu'elle prend sa place dans le roman. Pfff, c'est long!!! Et pour quoi? deux jours de parties de
jambes en l'air et un souvenir impérissable de cette superbe blonde, épouse du
directeur de l'hôtel Town Hall, "un espèce de musée archéologique".
A son tour, Claudio (l'universitaire mal dans sa peau) va suivre les traces des amours de
Carlota et Marcelo. A Buenos Aires, le blues va le saisir. Il va louper son intervention sur
le poème de Borges. Et découvrir toute la vérité sur Carlota Fainberg.
Mais avant d'en arriver là, comme le chemin semble long! L'auteur prétend avoir
écrit un roman court (187 pages) mais son sujet paraît terriblement brouillon, un
condensé de beaucoup de choses en peu de pages. Dommage. Et cet américanisme
persistant, ces mots américains glissés dans le récit du narrateur,
tendent à peser le style. Antonio Munoz Molina m'avait enchantée avec En
l'absence de Blanca, mais il peine à retenir mon attention avec Carlota
Fainberg.
Roman confus et dispersé pour une trame romanesque qui s'égare à maintes
reprises, Carlota Fainberg serait presque décevant.
Note : 3/5
(Clarabel)
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