Les jeunes filles
(Gallimard/Folio, 1972, 219 pages)
On le considère généralement comme le premier volume de la
série du même nom - ce qui est faux. S'il est vrai que son
succès considérable a incité Montherlant à en publier
trois ersatz, cet opus de 1936 est une oeuvre en soi, totalement
indépendante des trois autres.
Une oeuvre par ailleurs fort difficile à introduire. La question
étant : comment définit-on un roman dit "épistolaire". Car
"Les jeunes filles" est un curieux enchevêtrement de lettres, de coupures de
presses, de narration traditionnel... mais un édifice plutôt solide et
fascinant. L'histoire (si tant est qu'on puisse appeler cela une histoire)
présente un auteur célébrissime... ou plutôt ces
admiratrices. Puisque durant les cinquante premières pages environ, c'est
par le prisme de celles-ci qu'on découvre le personnage par le biais des
lettres ennamourées que plusieurs d'entre elles lui écrivent, et qui
restent désespérément sans réponses.
Le livre a fait couler pas mal d'encre à l'époque : sa noirceur, son
cynisme ont beaucoup choqué. On a parlé de misogynie... selon cette
idée reçue comme quoi on ne peut dire (et encore moins écrire)
d'une femme qu'elle est idiote sans être un odieux macho. Montherlant n'a pas
connu les chiennes de garde, mais gageons que s'il était encore parmi nous
il en rirait à gorge déployée. Car c'est justement son amour
des femmes qui lui permet de rester sarcastique sans jamais verser dans le
nauséabond.
Et bien sûr, Montherlant, comme toujours, parle avant tout de Montherlant.
Ici, il le fait d'une manière détournée simplement admirable :
à travers les fantasmes de ces jeunes filles désoeuvrées et
esseulées, il réussi haut la main un double numéro
d'équilibriste : non seulement il s'agit d'un portrait en creux de son
personnage, Costals, mais plus encore d'un "autoportrait" sensationnel.
Note : 5/5
(Thomas)
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