Des rêves et des assassins
(Grasset, 1995, 223 pages)
J'ai lu ce livre avec beaucoup d'intérêt, parce que Malika Mokeddem ne tombe
jamais dans la langue de bois. Elle raconte sa vie en Algérie puis en France sans
craindre de dénoncer les oppresseurs qui dans ce pays ou dans l'autre exercent une
insupportable tyrannie sur les femmes, qu'elles soient instruites ou non. La marque du
caractère de Malika Mokeddem apparait donc dans cet ouvrage, et sans les "artifices
littéraires" que nous connaissons tous, elle dit ce qu'elle vit. Par là elle
touche son lecteur.
On a besoin d'auteures comme elle, qui ne mâchent pas leurs mots.
Note : 4/5
(Tribouille)
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3 novembre 2006
L'histoire d'une jeune fille, Kenza (=Trésor), étudiante puis
professeur, dans l'Algérie d'après l'Indépendance où
règne l'homme avec sa morale double et où l'intégrisme a
développé un contrôle socio-religieux qui va jusqu'à
la terreur. Un roman réaliste, sans eau de rose, avec pourtant un peu de
tendresse.
Laissant Kenza et son frère, sa mère française a quitté
son père algérien, un détraqué sexuellement.
Celui-là, remarié, aura encore huit enfants: une famille dure pour
elle. Parfois elle va au désert, où un enfant fantaisiste la fait
rêver du bonheur. Pour Kenza et pour son frère Lamine, le
lycée et l'université sont des refuges. Elle vit un amour avec
l'étudiant Yacef. Un jour on annonce le mariage arrangé,
forcé, de Yacef. Pareil est arrivé à son amie Selma. Et Kenza
peint lucidement, sans donner au sentimental, une vision morale des hommes pour
qui le sexe de la femme est "à cacher à tout prix", qui forment les
garçons à voir en les femmes "des âmes sataniques", et qui
ainsi "souillent l'Islam tolérant de ce pays". Elle conclut à
la "solitude profonde des femmes dans leur combat". Elle choisit de partir à
Montpellier, pour chercher les traces de sa mère, morte entre-temps.
En France, un jeune skateboarder et un enfant lui rappellent l'enfant au
désert et ses rêves. Aidé par une Algérienne
immigrée, elle apprend l'histoire de sa mère. Tandis qu'en
Algérie la terreur frappe et qu'aussi en France les Beurs menacent les
femmes, Kenza décide de s'éloigner encore, d'aller au Canada.
"Aucune femme n'est épargnée. Pas même les mieux loties d'entre
nous, les étudiantes. Combien sont-elles, celles que leurs amoureux quittent
pour aller épouser des vierges soumises à la tradition? Combien y
en a-t-il de tentatives de suicide et de mélodrames en cité
universitaire? Ces crises laissent les étudiantes anéanties.
Diplômes en poche, et avenir devant elles, elles se sentent "finies" parce
qu'un homme leur a pris leur virginité et les a trahies. A les observer,
je ne pouvais m'empêcher de penser alors au sort des femmes
analphabètes. Démunies. Répudiées, jetées
à la rue avec leurs enfants, par des maris sans scrupules qui, eux, gardent
biens et appartements. Battues. Esclaves..."
"Les chefs d'Etat, les intellectuels occidentaux, se mobilisent, parfois, pour des
minorités opprimées aux quatre coins de notre planète. Pas
pour les femmes!"
Note : 4/5
(gallomaniac)
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