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Patrick Modiano

Un pedigree
(Gallimard/Blanche, 2005, 122 pages)

Résumé: Autobiographie. Patrick Modiano raconte les vingt-et-une premières années de sa vie (jusqu'à sa majorité). Il est né en 1945, tout près de Paris, d'un père juif et d'une mère flamande qui s'étaient connus pendant l'Occupation. Tous deux fréquentaient un milieu interlope louche, à mi-chemin entre banditisme et collaboration. Son père, notamment, vivait du marché noir. Après le guerre, ses parents ne tardent pas à vivre leur vie chacun de leur côté, la mère comme comédienne de second ordre, le père faisant des "affaires", dont on ne saura jamais très bien en quoi elles consistent. Leurs deux fils sont quasiment laissés à l'abandon, tantôt ici et tantôt là, comme deux paquets encombrants.

Mon avis: Ce livre est tout simplement bouleversant. Il n'a pas de réelle structure narrative, mais des listes de noms et de lieux, des moments, des anecdotes. On dirait que l'enfance de l'auteur se réduit à une boite à chaussures contenant de vieux papiers: photos jaunies, coupures de journaux, lettres froissées, tickets de métro ou billets de train. A partir de ces éléments, il tente de reconstituer le puzzle et les années se succèdent, de pension en internat, dans une solitude poignante, accentuée par la mort de son frère, quand il a onze ans. De cette mort, pourtant brutale, le lecteur ne saura rien: accident, maladie? L'auteur exprime très peu de sentiments dans cet ouvrage, seulement des faits. En grandissant, il entretient des rapports de plus en plus difficiles avec ses parents. Son père, remarié, décide de sa vie pour lui et cherche par tous les moyens à l'expédier le plus loin possible. Quant à sa mère, une femme très dure, toujours à cours d'argent, elle compte sur lui pour en trouver. Pourtant, de ses parents, il dit qu'il ne leur en veut pas. Quand le livre s'achève, il a enfin vingt et un an et apprend que son premier roman va être publié.

Ce livre, très court, se lit en deux heures, mais on en sort avec une énorme boule dans la gorge. Il explique, en tout cas, une bonne partie de l'œuvre de Patrick Modiano et des thèmes qui l'obsèdent. On y retrouve la même atmosphère mélancolique que dans ses romans et les mêmes personnages, sans passé et sans avenir. Ce livre m'a donné envie de relire l'intégralité de son œuvre.

Extrait: "Mais la vie continuait sans que l'on sût très bien pourquoi l'on se trouvait à tel moment avec certaines personnes plutôt qu'avec d'autres, à tel endroit plutôt qu'ailleurs, et si le film était une version originale ou une version doublée. Il ne m'en reste aujourd'hui à la mémoire que de brèves séquences."

Note : 4.5/5
(Papillon)
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J'avais le pressentiment de connaître davantage d'oeuvres écrites par Modiano avant d'attaquer ses fameuses mémoires, publiées sous le nom d'Un pedigree. J'aurais dû! Je regrette un peu car certaines subtilités auraient glissé sur moi comme l'eau claire! Hélas, j'y reviendrai lorsque je serai plus calée en la matière! A part Dora Bruder, je n'ai pas encore lu d'autres Modiano! La honte...

Donc, Un pedigree au démarrage déconcerte car l'auteur se contente franchement de rédiger un long listing de noms, autant de fleurons superbement inconnus désormais, mais faisant partie de ce microcosme de célébrités de l'époque des années 40! Les jeunes années des parents Modiano, un père magouilleur et une mère actrice égoïste. Un mauvais départ pour l'enfant Patrick, vite confié dans des pensionnats, ou à des relations à droite, à gauche. Des rendez-vous éclairs avec un père dans des cafés, des allusions à des trafics louches, des devoirs dans les bureaux des directeurs de théâtre, des rues de Paris qui se gagnent et se perdent...

Franchement l'enfance de Modiano n'a rien, strictement rien, de reluisante. Sans doute l'homme a su tirer une matière pour écrire ses romans, on devine rien qu'aux titres: La ronde de nuit, De si braves garçons, Quartier perdu, Dimanches d'Août, Un cirque passe, etc.

Mais ce qu'il y a de très complexe dans ce livre, c'est l'effet mitraillette: une succession de noms, d'événements, de lieux, de rencontres, mise à la chaîne, sans transition, sans logique. Juste une volonté de l'auteur de se débarrasser de tout ça, au lieu de fournir un travail d'introspection - chose qu'il abhorre. Certaines scènes, marquantes, sont jetées en pâture au lecteur avide de détails, mais il n'en sera rien! On ne s'attarde jamais avec Modiano: la mort du frère, la police qui l'embarque dans un panier à salade, les fâcheries, les bouderies, les quémandes muettes pour un peu d'estime vers sa mère, rien! L'auteur tait ses regrets, à peine les esquive-t-il, il met en parenthèse ses rancoeurs et jamais n'en vient à rendre des comptes!

C'est un livre pudique, une décharge de trop-plein, des sentiments confus, une volonté de ne plus se sentir sur le qui-vive, d'être léger. Un livre pour les inconditionnels de l'auteur!

Note : 3.5/5
(Clarabel)
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"Je suis un chien qui fait semblant d'avoir un pedigree."

Lancée à la page 13, cette phrase résume à elle seule le dernier Modiano... et peut-être même son oeuvre toute entière.

Je ne sais pas comment critiquer ce livre. En fait, je l'ai lu presque d'une traite - nul exploit là, les livres de Modiano ne sont jamais très longs mais celui-ci ne fait que 122 pages. Et comme Clarabel, j'ai été pour le moins interpelé par le côté "mitraillette de noms, d'évènements, de lieux...". Cela m'a rebuté en un sens. Modiano prétend nous raconter ses origines... certes, pourquoi pas après tout? Seulement ses origines se résument donc à 122 pages???

Je me suis posé la question ainsi : si un inconnu complet envoyait ce texte à un éditeur, serait-il publié? Assurément non, parce que trop court et pas assez étoffé. L'existence même de ce livre provient du fait qu'il est signé Modiano, l'existence même de ce livre est justifiée par une oeuvre colossale et terriblement complexe antérieure à sa publication. Sans doute, ce livre, Modiano aurait-il pu l'écrire en tout premier lieu. Il veut nous faire croire qu'il empile les informations, mais c'est un effet de style. Simplement si "Un Pedigree" avait été le premier livre de Modiano il n'aurait eu aucun sens. En l'occurrence il paraît en 2005 et jette un éclairage différent, nouveau sur une des oeuvres majeures de la littérature de ces trente dernières années. Modiano, comme s'il assemblait les pièces d'un puzzle, livre ici des clés permettant d'éclaircir certains de ses romans précédents, notamment "Rue des boutiques obscures" et "Livret de famille". Etant un inconditionnel de l'auteur, je ne puis que m'en réjouir. Mais je doute qu'un lecteur dont ce serait "le premier Modiano" puisse réellement apprécier ce livre - pire encore : le comprendre.

Bref je tourne en rond pour finir comme Clarabel avant moi : "Un Pedigree" est réservé aux gens qui connaissent déjà l'oeuvre de Modiano - ce n'est pas un roman mais un écho à ses textes précédents. C'est à la fois fascinant (parce que c'est Modiano, le Mystère Modiano) et déplorable (parce qu'un vrai grand livre doit pouvoir s'apprécier en lui-même, y compris si on ne connaît pas l'auteur).

Note : 3/5
(Thomas)
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Lorsque je lis ci et là que Modiano écrit sans cesse le même livre, je me dis toujours qu'il y a un petit côté moqueur derrière tout cela et que cet homme a bien le droit de se chercher comme il le fait. Mais il faut bien reconnaître que c'est la stricte vérité. D'un titre à l'autre, Modiano se cherche sans vraiment se trouver et c'est la même histoire qu'il raconte, celle d'un homme parti à la conquête de ses racines et de son passé. Des éléments qu'il semble ne jamais retrouver, alors le livre se referme sans qu'il y ait de fin, l'histoire demeure inachevée, porte ouverte vers un futur récit probable qui nous racontera encore et encore la même chose: l'errance d'un écrivain en mal d'identité.

J'ai davantage ressenti dans ce texte que dans les autres récits de Patrick Modiano la présence d'un type paumé qui se cherche sans arrêt. Un homme vraiment perdu qui semble en souffrir de plus en plus. Dans cette écriture en apparence ordonnée, il règne un désordre intérieur impressionnant, la détresse paraît immense. Est-ce qu'à force de creuser, Modiano ne creuse pas la propre tombe de sa quête? N'entretient-il pas aveuglément une souffrance de plus en plus grande? Je l'ai senti si seul et si perdu dans ces lignes! Modiano aligne ici des dates, des noms, des événements petits et grands, la solitude d'un enfant mal-aimé, les coulisses obscures des relations parentales, la misère, les voyages, le désamour d'un père et l'indifférence d'une mère. Ses parents sont présentés comme des êtres abjects mais l'auteur n'arrive pas à les détester. On sent que ça lui ferait pourtant du bien, les évacuer une bonne fois pour toutes, leur dire m... pour de bon et faire le deuil de cet amour impossible qu'il n'a pas reçu, qu'il recherche encore toujours et qu'il ne pourra cependant plus jamais recevoir. Il y a des scènes très dures dans ce récit, une succession de mésaventures et de malheurs qui finissent par créer une sensation d'étouffement.

Par moments, lassée ou agacée par ce processus d'écriture, j'avais envie de lui dire "arrête de te regarder le nombril et tourne la page!". Facile à dire évidemment, mais j'ai vraiment le sentiment qu'ici l'auteur atteint un point de non-retour. La pression qu'il se met sur les épaules est perceptible, il s'enfonce, il serait temps qu'il sorte la tête hors de l'eau et respire un bon coup.

Note : 2.5/5
(Sahkti)

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