Accident nocturne
(Gallimard/folio, 2005, 178 pages)
Une nuit, un accident: une fracture dans la vie du narrateur, il y a
désormais un avant et un après. Et puis la rencontre avec la
conductrice de la voiture couleur vert d'eau, Jacqueline Beausergent, et un brun
massif, inconnu... Hôpital, errance, souvenirs d'adolescence, du père,
etc... "Accident nocturne" trace à nouveau la quête d'une harmonie perdue.
Le narrateur va courir les rues de Paris pour retrouver cette Jacqueline
Beausergent. Et au cours de cette investigation, il part aussi sur les
traces d'une Hélène Navachine, d'une Geneviève Dalame, d'un docteur
Bouvière.
C'est confus, c'est un puzzle morcelé qui s'embrique progressivement. Le
résultat est vague et alambiqué. Les mots de Modiano sont autant de
résonnances répétitives, ici s'ajoutent la perte de mémoire, la confusion des
souvenirs et des sentiments. Ce n'est pas le meilleur de l'auteur, qui
parfois semble s'emmêler les pinceaux, mais cela reste une lecture
classique, digne de nous pondre des perles comme "un fond solide sous les
sables mouvants".
Note : 4/5
(Clarabel)
**********
Ce qui m'a frappée dans ce récit, c'est le calme relatif avec lequel
Modiano évoque cet accident qui blesse le narrateur à la jambe, le
conduit à l'hôpital en compagnie de la conductrice blessée au
visage, qui a disparu à son réveil, lui laissant quelques billets en
guise de souvenir et de pardon. Pas de colère ou de rancune, loin de
là, cet accident sonne comme une révélation, un bouleversement
bénéfique dans une vie désoeuvrée, le choc qui lui
permet de prendre un nouveau départ dans la vie. Belle façon de
positiver ce qui, chez d'autres, aurait fait les choux gras sur des pages de faits
divers.
Modiano part à la recherche de Jacqueline de Beausergent, pas uniquement
pour la remercier, mais aussi pour évoluer davantage dans son chemin de vie
qui se dessine aujourd'hui à travers ses errances.
Encore une histoire de recherche et d'errance pourrait-on dire. Oui, c'est vrai,
mais c'est ainsi que l'auteur se trouve, qu'il se construit, qu'il se
découvre et ça se fait par étapes, lentement, ce qui nous
permet d'avancer en même temps que lui et d'apprendre à le
connaître davantage à chaque bouquin. La fin est belle, ce sont des
retrouvailles, mais elle ouvre la voie à une continuation. Jacqueline de
Beausergent est là, mais cela règle-t-il vraiment tous les
problèmes, toutes les questions ont-elles trouvé leurs
réponses? Non. Ce qui signifie qu'une autre errance prendra bientôt
place. A l'image de celle du "spectateur nocturne", par lequel Modiano a
expliqué à la presse qu'il évoque Restif de la Bretonne et ses
promenades de quartier en quartier racontées dans "Les Nuits de Paris".
On sent que Modiano a encore des noeuds à défaire, en particulier
avec son père, qui l'a fait embarquer par la police.
"Vous jugez-vous comme un bon fils?
- Je n'ai jamais été un fils" (page 117).
A une question de Jérôme Garcin pour le Nouvel Obs' (02-10-2003) lui
demandant pourquoi il éparpillait les souvenirs sur son père et ne
regroupait pas le tout sous la forme d'un livre, Patrick Modiano a répondu :
"La scène du panier à salade passerait pour banale dans un livre de
souvenirs, c'est la fiction qui lui donne son sens. Et puis si mon père est
présent ici et là, c'est que je ne cesse de recoller des morceaux
à la réalité et que sans doute, je n'arrive toujours pas
à l'aborder de face, frontalement. Je tourne autour de lui, j'écris
en rond."
Note : 3/5
(Sahkti)
|