Vie de Joseph Roulin
(Verdier, 2002, 65 pages)
Sur quelques tableaux de Vincent Van Gogh, peints en Arles en 1888 (juste cent ans avant la
publication de ce livre), on peut voir un petit employé des Postes avec une belle
casquette bleue.
Ce livre est un jeu de miroir, de lumière et d'ombre, subtil, fin, abouti. Dans la
lumière vit Joseph Roulin, facteur ou assimilé, et dans l'ombre, pour une fois,
Van Gogh son semblable en presque tout. Mais l'un peint, son talent n'étant encore
nullement confirmé, et l'autre pas! A part cela ils se ressemblent. Le petit facteur
est républicain forcené et déçu, l'absinthe le réconforte;
il est le plus fortuné des deux et approvisionne son peintre d'ami en confitures.
Dans ce roman Van Gogh est sous-jacent, juste esquissé, mais pour le lecteur il est
partout, même entre les lignes. Il est question d'un facteur, mais dans le miroir on voit
le peintre! Qu'est-ce qui fait la différence entre ces deux bonhommes? Peut-être
ne voient-ils pas le même monde? Vie minuscule! Pour Roulin assurément. Mais pour
Van Gogh? Vie minuscule ou vie majuscule? L'auteur ne pose pas de question, c'est le lecteur
qui s'en pose, et j'imagine qu'un spécialiste de la peinture doit s'en poser encore
davantage à la lecture de cet ouvrage.
Ce livre est un bijou et Pierre Michon est un grand écrivain.
Note : 5/5
(Nimbus)
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