Pastorale américaine (Gallimard/Folio, 2001, 580 pages)Le narrateur, Nathan Zuckerman, écrivain, retrouve au soir de sa vie le héros de sa jeunesse, de tout son quartier, petit groupe d'immigrés de la 3e génération. Seymour Levov, surnommé le Suédois, y était déjà le modèle de l'intégration parfaite, l'incarnation du rêve américain. Non seulement très beau, cet athlète adulé, qui se fond avec aisance dans la culture américaine, est doté d'une moralité exemplaire, du sens de l'effort et des responsabilités, il est de plus d'une gentillesse innée. Plus tard, outre un savoir-faire familial quasi encyclopédique sur la ganterie, son père, un acharné du travail, lui lègue le petit empire industriel qu'il a bâti. Tout lui sourit, et il a l'élégance de ne désirer que ce qui lui est acquis d'avance, et d'en être heureux : il a la Grâce. Voilà probablement une vie banale où tout est écrit d'avance, avec une descendance dorée promise à tous les bonheurs....Or, Jerry Levov annonce à Nathan Zuckerman, tout à trac, quelques jours plus tard, que son frère Seymour vient de mourir, et lui révèle sa tragédie. Alors Zuckerman, à l'imagination féconde, refabrique l'histoire du Suédois et de sa famille. "Je me mis dans la peau de cet homme (...) Je tentai de prendre la mesure de quelqu'un d'apparemment creux, innocent, simple; de repérer l'itinéraire de son effondrement". Et voici un roman foisonnant sur le XXè siècle américain, dont Seymour sert de pivot entre la vie d'avant-guerre jusqu'à la cassure à la fin des années 60. Une vision apocalyptique de l'évolution : Merry, fille adorée d'une famille idéale, qui pète les plombs; Newark, ville autrefois industrieuse et vivante, devenue un enfer entre la crise économique et sociale, la fuite des industriels, et l'abandon de l'ordre... Et Seymour, qui semble pourtant toujours égal à lui-même, fissuré jusqu'au tréfonds de son âme... Note : 4.5/5 (Lassy)
********** Le narrateur, Nathan Zuckerman, est un écrivain dans la soixantaine. Au début du roman il se rappelle ses souvenirs d'enfance à Newark dans un quartier juif. Tous les gamins, sinontout le quartier, vénéraient un adolescent qu'on appelait Le Suédois. Un garçon auphysique incroyable : grand, mince et blond, il détonnait parmi les Juifs. De plus,sa famille était riche. Et comme si ce n'était pas suffisant, il était la vedettesportive du lycée : football, baseball, basket-ball, il excellait dans tous les sports.Un tel garçon ne pouvait qu'être promis à une vie parfaite. Et c'est ce que croyaitNathan Zuckerman quand il a rencontré Le Suédois une trentaine d'années plus tard. Ce dernier transpirait le plus grand bonheur : ses fabriques de gants n'ont jamaiscessé de l'enrichir, trois fils à l'image de leur père, qui a près de 70 ans avaitencore un physique de sportif. Bref la réussite américaine dans toute sa splendeur. Maiscomme l'a découvert Zuckerman il y a une ombre au tableau idyllique, cette ombre c'estune fille, Merry, une meurtrière. Une terroriste. Dans les années soixante des milliers de jeunes se sont révoltés contre leur famille souvent riche, ils ont rejoint le rang des socialistes ou communistes pour protester contre la guerre du Vietnam, contre l'impérialisme américain, ils se sont rangés du côté des pauvres, des noirs, des opprimés de toutes sortes. Ils n'ont pashésité à user de la violence. Merry la fille du Suédois était l'une parmi tant d'autres. Un thème que je n'avais encore jamais vu dans la littérature américaine. A travers l'histoire du Suédois et de sa famille il y a aussi l'évolution de la société américaine dans une ville du New Jersey près de New York, soit Newark. Philip Roth dresse une histoire absolument fascinante. La famille Levov coule des joursheureux dans leur grande propriété du New Jersey. On pourrait les envier : le père dontles usines sont prospères, la mère qui a été autrefois Miss New Jersey. Mais Merry la petitefille chérie de ses parents devient à l'adolescence pratiquement un monstre. Merryqui a détruit ses parents. Et le père qui cherche à comprendre, qui cherche à trouverl'élément déclencheur, des tas de questions mais peu de réponses, c'est la longue descente en enfer d'un homme,un Américain, qui avait tout pour être heureux. Philip Roth est fabuleux, il nous scotche littérallement à cette histoire. Nous aussi, on veut connaître le pourquoi et le comment. Et finalement cette histoire est universelle, intemporelle car ça nous ramène à notre propre milieu : ces adolescents qui se jettent dans la drogue, qui fuguent, qui se retrouvent dans des sectes de tout acabit, qui entrent dans une école avec un fusil et tirent sur tout ce qui bouge... Pourquoi? Il y a l'histoire mais il y a aussi l'écriture, une écriture très riche, qui frappe, vindicative, de la passion, de la frénésie. Et Philip Roth se sert de cette histoire pour nous dire plein de choses. Il parle de l'Homme, il y a de la philosophie dans ses propos. Mais ça, c'est camouflé dans son récit car avant tout on est captivé par l'histoire, on avance et on ne veut plus s'arrêter. Alors l'un de ces trop rares auteurs qui arrivent à direles choses profondément, qui nous obligent à souligner plein d'extraits mais qui aussi nous laissent peu le loisir de le faire car on veut toujours avancer. C'est un très très grand auteur. Lisez-le. Un court extrait : "C'est même comme ça qu'on sait qu'on est vivant: on se trompe. Peut-être que le mieux serait de renoncer à avoir tort ou raisonsur autrui, et continuer rien que pour la balade. Mais si vous y arrivez, vous... alorsvous avez de la chance." Note : 5/5 (Mousseline)
********** Je ne sais pas si cela vous est déjà arrivé, mais je ne suis pas arrivée à faire une critique de ce livre. Je l'ai pris par tous les bouts, je l'ai recommencé cinq fois, peine perdue je n'arrive pas à exprimer ce que j'ai ressenti à la lecture de ce roman. J'abandonne. Je sais que certains l'ont adoré, Mousseline le qualifie de chef-d'oeuvre. J'ai déjà lu Philip Roth (avec grand plaisir), j'étais très attirée par ce livre et il me reste une impression de frustration que je ne comprends pas moi-même. Ce n'est pas la forme, que je trouve parfaite, c'est plutôt le fond. C'est (je souligne : pour moi) un livre amer et désespéré. L'auteur fait un constat désabusé du monde actuel (certes avec quelques raisons) mais d'une façon réactionnaire, comme un vieux Monsieur qui rabâche : "le monde est pourri, les jeunes sont fous, c'était tellement mieux avant (avant on avait le goût du travail bien fait, avant les ados étaient respectueux, avant on aimait son prochain)"? Je n'arrive même pas à savoir s'il englobe tout le monde où s'il épargne dans son esprit la famille Levov. Peut-être l'ai-je mal lu, ou je n'y ai rien compris! Bon tant pis je le reprendrai dans quelques mois. Tiens je suis si partagée que j'hésite même à envoyer ce message, oui ça doit être ça : j'ai rien compris! (Zeta_b)
********** Nathan Zuckerman relate la vie du "Suédois", Juif au physique avantageux, toujours honnête, méritoire, incarnation de la réussite américaine. Il le rencontre peu avant sa mort et imagine sa vie. L'histoire est centrée sur sa fille qui a commis un attentat à l'âge de 16 ans. La vie heureuse et ordonnée de Seymour perd son équilibre : il cherche à comprendre l'origine du drame, se remet en cause. Pendant cette introspection, on revit la vie de toute la famille : on suit sa femme ex-Miss, son père, juif pratiquant, son frère au caractère bien trempé, mais surtout la transformation de sa fille, à l'enfance normale qui se rebelle peu à peu (contre la guerre) pour devenir une meurtrière. Il est question de la vie américaine, de ses enjeux politiques (guerre, capitalisme), du choc des religions (catholique, juif, protestant), du travail (nombreux passages sur la ganterie fondée par la famille, la fabrication, le travail des ouvriers), de la vie de quartier (la désagrégation de Newark) et plus généralement du sens de la vie. Premier roman que je lis de Philip Roth, j'ai vraiment accroché. J'aime beaucoup la structure de l'histoire : on passe en permanence du présent au passé : on reconstruit peu à peu la vie des personnages qui semblent tous stéréotypés en surface mais beaucoup plus complexes en réalité. J'ai rarement lu un livre qui m'a fait aussi bien comprendre l'Amérique de l'après-guerre. Note : 4,5/5 (lekepi)
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