La chambre aux échos
(Le Cherche midi, 2008, 470 pages)
Richard Powers, je l'ai découvert avec "Le temps où nous chantions" et j'ai exprimé dans ma
critique combien j'avais aimé ce roman.
Quand on commence un roman de cet auteur, il faut quelques pages pour se laisser pénétrer par la
beauté de sa prose. Son écriture a une telle richesse, une telle étendue de termes, de
tournures, qu'elle demande un temps d'adaptation et qu'il peut sembler au début difficile à lire.
Dans "Le temps où nous chantions" pourtant il m'est apparu, après ces débuts
déroutants, très lisible, compréhensif. Son style imagé, mélodique m'a vite
emportée.
Dans "La chambres aux échos", il ne m'a pas semblé retrouver cette écriture
mélodieuse, elle m'a paru bien souvent heurtée, torturée. L'auteur a-t-il marqué
ainsi la différence des thèmes abordés : dans le premier : la musique, dans le second : les
disfonctionnements du cerveau, ou bien est-ce en raison d'un changement de traducteur. Pour répondre
à cette question, il me faudrait le lire en version originale et j'en suis bien incapable.
Bien des fois l'auteur m'a perdue et j'avais beau lire et relire une phrase ou un paragraphe leur sens
m'échappait. J'ai cependant eu l'impression qu'il n'entrait pas de volonté propre à
être hermétique, mais que simplement Richard Powers a un esprit qui culmine bien plus haut que celui
du commun des mortels, une intelligence hors norme qui peut le rendre incompréhensible. A d'autres moments
j'ai retrouvé l'écrivain fabuleux tout en sensibilité, en émotion, en clairvoyance
de son précédent roman, un spécialiste de l'âme humaine et de ses tourments.
Karin Schluter est appelée au chevet de son frère Mark, victime d'un grave accident de la route.
Mark a à peine le temps de voir sa soeur qu'il tombe dans le coma et n'en sort qu'au bout de plusieurs
jours. Quand il peut s'exprimer il rejette celle qu'il prend pour une usurpatrice : Karin n'est pas sa vraie
soeur, mais une pâle copie. Mark est atteint d'un syndrome qui l'empêche de reconnaître
certains de ses proches. Cette atteinte du cerveau est-elle réversible? Karin au désespoir fait
appel à un éminent neurologue qui voit là un cas rare à étudier.
Cet aspect du roman est le plus ardu. Gérald Weber, le neurologue aborde à plusieurs reprises les
cas rencontrés au cours de sa carrière : Syndrome de Capgras, synesthésie, neurones miroirs,
etc... dans un jargon qui nous laisse parfois sur le carreau :
"Quelque chose en lui, cependant réprouvait l'orientation que prenait le savoir. Le ralliement hâtif des
neurosciences à certaines hypothèses fonctionnalistes incitait Weber à prendre ses
distances. Son champ d'études cédait à l'une des pulsions immémoriales qu'il
était censé expliquer : l'instinct grégaire. A une époque où les neurosciences
savouraient l'accroissement de leur pouvoir instrumental, les pensées de Wéber, au fil d'une
dérive perverse, prenaient le large. Loin des cartes cognitives et des mécanismes
déterministes de communication neuronale, elles allaient explorer les terres émergentes des
processus psychologiques de haut degré que, dans ses mauvais jours, Weber confondait presque avec
l'élan vital. Mais dans cet éternel clivage entre esprit et cerveau, psychologie et neurologie,
besoins et neurostransmetteurs, symboles et plasticité synaptique, la seule illusion véritable
consistait à penser que ces deux domaines resteraient séparés encore longtemps."
(Discours abscons vous en conviendrez).
Malgré l'effort de vulgarisation accompli, pour un domaine si complexe, on aimerait encore plus de
clarté dans l'explication de certains phénomènes passionnants d'atteintes du cerveau.
(Phénomènes si déroutants et si inquiétants que l'on a presque envie au sortir de ce
livre de se promener avec en permanence un casque sur la tête pour s'éviter tout choc au
cerveau.)
L'auteur retrouve sa luminosité quand il traite ce que vit Karin à l'occasion de son retour dans sa
ville natale, ses relations avec ses deux ex-amours, la présence de la belle et secrète Barbara,
l'aide-soignante si dévouée à Mark. Les amis pithécanthropesques dudit Mark. Et plus
encore, la particularité de leur ville, lieu de ralliement des grues du Canada, lors de leurs migrations,
mis en péril au nom du profit et du progrès, propice à des descriptions si belles et si
chargées en émotion.
Il m'est impossible de noter ce livre, j'en ai apprécié certains aspects, d'autres m'ont
laissé de marbre, et cette lecture en dent de scie entre plaisir, incompréhension,
indifférence, m'a désorientée. Peut-être aussi mon attente était-elle trop
élevée après ma découverte éblouïe de son précédent roman.
(Zeta)
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Zeta je suis sèche après une si belle critique!
tu résumes exactement ce que j'ai éprouvé à la lecture de ce roman.
Encore ce même questionnement, ce livre vole-t-il trop haut pour moi?
Toutefois, le thème était passionnant, même si parfois, on se perd dans un jargon inconnu
des profanes que nous sommes. J'ai particulièrement adoré tous les passages relatifs aux grues et
à leur migration, l'analyse qui est faite de leur capacité à retrouver et à
transmettre à leurs petits la mémoire de la route.
Ce que j'aime dans les ouvrages de certains auteurs de la nouvelle génération ou chez d'autres
(je pense à Joyce Carol Oates dans "Les chutes" par exemple), c'est cette manière de mêler
problèmes actuels environnementaux ou de société ou évènements politiques
graves, ce qui ancre encore plus leur livre dans notre temps contemporain.
Difficile à noter, mais je mettrai quand même 4/5.
Il va falloir que je lise "Le temps où nous chantions" qui a vraiment l'air de faire l'unanimité
ici...
Note : 4/5
(Odilette)
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