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Richard Powers

Le temps où nous chantions
(Le Cherche midi, 2006, 765 pages)

Jamais je n'ai lu de roman qui parle aussi bien de musique, qui m'a fait écouter et découvrir plein de chansons de tous les styles...

La famille Storm, David, Delia et leurs trois enfants : Jonah, Joey et Ruth. Une famille comme tant d'autres pourrait-on dire s'il n'y avait cette passion de la musique et du chant qui les unit et surtout leurs couleurs... Le père est juif, la mère est noire, l'histoire se déroule entre les années 30 et 80. C'est l'histoire d'un couple mixte et de leurs enfants métis. Parce que leur vie est loin d'être ordinaire quand on sait qu'aux Etats-Unis jusqu'en 1967 plusieurs états interdisaient le mariage entre blancs et noirs.

"Elle aimerait marcher dans la rue avec son mari sans avoir à jouer la domestique. Elle aimerait pouvoir lui prendre le bras en public. Elle aimerait qu'ils puissent aller au cinéma ensemble, ou aller dîner quelque part, sans se faire expulser comme des malotrus. Elle aimerait pouvoir asseoir son bébé sur ses épaules, l'emmener faire les courses sans pour autant que tout le magasin en soit pétrifié."

Delia et David, qui se sont connus au concert de Marian Anderson en 1939 donné sur le Lincoln Memorial, ont commis alors l'impensable, un homme blanc et une femme noire. Les enfants de ce couple ne savent pas qui ils sont, ni blancs, ni noirs. "Mais qu'est-ce que nous sommes? Pour de vrai, je veux dire.", demande à sa mère Jonah.

Je n'avais pas terminé le premier chapitre que j'étais conquise, j'ai été happée non seulement par les personnages mais par l'écriture majestueuse, dense, dynamique et sonore. C'est un roman d'une richesse inouïe autant par le traitement et le nombre de thèmes que Richard Powers aborde que par l'écriture.

J'ai été extrêmement impressionnée par la force d'évocation des mots de Richard Powers qui a su si bien nous faire ressentir toute la misère d'être entre les deux. A ce s'ajoute l'histoire des Noirs, de leur lutte pour l'égalité, avec toutes les manifestations qui deviennent de plus en plus violentes au fil du temps. Malgré les nombreux romans états-uniens que j'ai lus et dont plusieurs traitent de racisme, j'ai découvert ici quelque chose de neuf.

Et bien sûr il y a la musique, et encore là l'érudition de Richard Powers épate : le chant classique, les lieder, les negro spiritual, le gospel, le jazz, la musique contemporaine des années 60 et 70, la musique ancienne, bref Richard Powers connaît tout, ce roman est une véritable référence en matière de chansons.

Et puis comme si ce n'était pas assez l'Histoire des Noirs Américains et la musique voilà qu'il en rajoute avec la physique. Le père, David Storm, l'un des plus beaux personnages, un physicien plutôt déconnecté de la réalité telle que la vit la grande majorité d'entre nous. Un homme qui a travaillé sur la bombe nucléaire, qui toute sa vie a été obsédé par le temps. Même si je ne comprenais pas nécessairement ses théories scientifiques, j'ai apprécié énormément le personnage pour l'aspect psychologique et les effets de sa personnalité sur ses enfants. Et je pourrais aussi parler du père de Delia, un médecin, un homme très cultivé, qui a pourtant renié sa fille car il ne pouvait comprendre et accepter que sa fille et son gendre élèvent leurs enfants sans égard à leur identité raciale, comme si les enfants n'étaient ni blancs ni noirs.

Finalement je pourrais continuer d'en parler sur des pages et des pages mais déjà que vous aurez à lire "Le temps où nous chantions" qui en fait plus de 700, je ne peux finir qu'en vous suggérant très très fortement d'aller immédiatement vous procurer ce roman, même si vous devez pour ce dépenser vos derniers dollars (je ne peux pas imaginer qu'on emprunte un tel livre à la bibliothèque, car comment pourrait-on s'en séparer par la suite, on veut le conserver toute sa vie pour le relire et s'inspirer des nombreux titres musicaux donnés par l'auteur), même si il fait -40 degrés C, pensez à tous les romans tièdasses que vous lisez, tout le temps que vous perdez dans des histoires insignifiantes alors que "Le temps où nous chantions" est à votre portée...

Extraits :

"Le seul conservatoire où elle a voulu s'inscrire il y a fort longtemps l'a rejetée sans même l'auditionner. Leur unique jugement artistique : "Nous ne prenons pas les gens de couleur"."

"Je m'approchais à pas minuscules de quelque chose que je ne pouvais voir, quelque chose d'impeccable et d'immuable, une forme pure et un plaisir plus pur encore, un souvenir salvateur, la musique, l'aperçu d'un moi non encore constitué."

"J'adorais la façon que les jazzmen avaient de déambuler dans les rues avec leurs instruments, en quête du prochain endroit où s'installer, scrutant les alentours pour trouver des types sur la même longueur d'onde qu'eux, sans projet à long terme, hormis celui de se poser quelque part pour jouer. Leur moteur, c'était la satisfaction personnelle, la jubilation de créer et de s'inventer soi-même. Pas de début, pas de fin, pas de but, leur son n'avait d'autre motif que les notes, et encore, mêmes les notes, ils n'y jetaient un coup d'oeil que pour regarder au-delà. Le corps n'aspirait qu'à une chose : jouer."

Note : 5/5
(Mousseline)
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"Le temps où nous chantions" c'est l'histoire de la famille Strom. Pas forcément dans l'ordre chronologique, puisque le premier chapitre commence en 1961, ensuite, on se retrouve avec un chapitre de 1945, etc..., mais on ne s'y perd pas pour autant. Chaque chose vient en son temps. David Strom, un juif allemand s'est marié avec Delia Daley, une femme noire. Ils ont trois enfants, Jonah, Joseph et Ruth, et c'est du point de vue de Joseph que l'histoire va être racontée. Ce livre pose le problème de l'identité culturelle. Delia et David se sont mariés tout en sachant qu'ils auront de nombreux problèmes à affronter, entre autres le rejet qui est fréquent pour les couples mixtes. Autre problème : le métissage. Les enfants sont métis, pas vraiment blancs, mais pas vraiment noirs non plus, alors qui sont-ils? Leurs parents refusent de leur parler de tout cela et de les confronter à la dure réalité, ils veulent les élever "au-delà de la couleur". Ils vont se réfugier dans la musique, présente tout au long du roman, sans arrêt.

Un livre absolument émouvant, qui transporte avec sa musique que l'on peut presque entendre, et qui nous confronte à la réalité à partir des années après-guerre aux Etats-Unis.

Note : 5/5
(Van)
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Résumé : En 1939, après une tournée triomphale en Europe Marian Anderson retourne en Amérique pour une tournée dans son pays, mais elle est refusée dans les salles de concert au motif qu'elle est noire. Qu'à cela ne tienne, elle chantera gratuitement sur les marches du Mémorial à Washington, devant des milliers de gens venus l'écouter. Parmi eux Délia et David se rencontrent. Lui est un scientifique juif allemand qui a fuit le nazisme, elle a toujours vécu ici, elle est noire. Ils auront trois enfants, et parmi eux Jonah, qui va faire du chant toute sa vie.

Mon avis : Dès les premières pages, on baigne dans la musique, le chant, on l'entend dans les mots, et la ponctuation. Sublime. Ah ça m'a donné envie de ressortir tous mes CD classiques... et puis il y a les personnages plongés dans la tourmente de l'histoire américaine et de la lutte pour les droits civiques. Comme pour "Trois fermiers s'en vont au bal" les périodes se mélangent et se téléscopent, les voix aussi et c'est de là que vient la musique entre autres. On vibre dans cette saga familiale qui embrasse l'histoire récente des Etats-Unis. On ne voudrait jamais les quitter. Ce livre est probablement plus abouti que son premier roman, plus émotionnel sûrement. A lire lentement pour apprécier l'ensemble, vous ne pourrez pas vous empêcher de fredonner quelques airs...

"Nous sommes en 1961, Jonah Strom, la Nouvelle Voix de l'Amérique, a vingt ans. Voilà comment je le vois avec quarante ans de recul : j'ai maintenant huit ans de plus que l'âge que mon frère atteindra jamais. La salle s'est vidée; mon frère chante encore. Il continue de chanter jusqu'à la barre finale, et le tempo va diminuendo jusqu'à disparaître dans l'obscurité de la fermata. Un garçon chante pour sa mère qui ne peut plus l'entendre. Cette voix était si pure qu'elle aurait inspiré du repentir aux chefs d'Etats. Mais cette voix connaissait exactement l'ombre qui l'accompagnait, en retrait, juste derrière. Et s'il avait existé une voix pour envoyer un message dans le passé afin de corriger le futur, c'eût été celle de mon frère". (extrait)

Note : 5/5
(Chimère)
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Pour le résumé je vais essayer de faire simple et court : David Strom est un physicien, juif et allemand, réfugié aux Etats-Unis, avant la deuxième guerre mondiale. Delia Daley une jeune fille noire, chanteuse de talent. Tous deux vont se rencontrer à un concert donné par une cantatrice noire. Ils s'aiment, se marient et fondent une famille en ayant trois enfants.

En 1940 un mariage mixte entre blanc et noir c'est un défi lancé à la tête de la société américaine qui pratique encore dans de nombreux états une ségrégation totale. David et Delia pressentent que la construction de leur famille va se heurter à la haine raciale, de tous côtés. Pour lier cette construction il leur faut un ciment capable de résister à la malveillance : ce sera la musique, qu'ils pratiquent en virtuose. Avec cette passion, cette élévation artistique, ils pourront vivre au-delà de la couleur, créer leur propre monde, être ce qu'ils veulent. Cela leur permettra de vivre repliés sur eux-mêmes : la cellule familiale protection absolue contre le reste du monde, mais leurs enfants vont-ils s'épanouir et trouver leur place?

L'Histoire pourtant qui se déroule en parallèle le leur rappelle incessamment : "un oiseau et un poisson peuvent, peut-être s'aimer, mais où vont-ils construire leur nid?"

Ce livre a une puissance phénoménale. Il n'est pas facilement racontable, tout y est imbriqué, y fait sens, l'enchaînement des événements, basés sur des faits réels, nous entraîne dans le flux de l'histoire, la petite et la grande, démontrant une subtilité et une érudition consommée.

L'auteur entremêle les années et les périodes de sa narration, passant d'une époque à une autre, David physicien étudie le temps et sa relativité, la construction chaotique et désordonnée trouve donc toute sa résonnance, jusqu'au chapitre final étonnant.

Et pour le syle : Powers montre la même virtuosité que ses personnages, il peut faire des paragraphes entiers sur un même sujet sans une redondance, sans une répétition, ses pages sur la musique sont inégalées (seul petit bémol pour moi je n'y connais rien, n'ayant aucune pratique musicale, mais cela m'a à peine gênée), sa prose est littéralement éblouissante.

Après avoir commencé ce roman je voulais tout savoir de l'auteur et des événements qu'il racontait, (ceux antérieurs à ma naissance), et je n'arrivais plus à discerner le vrai du faux, les enfants Strom, pour moi, avaient une existence réelle.

Il est aussi remarquable qu'un blanc ait pu raconter la difficulté du métissage avec autant d'empathie et de finesse, sans manichéisme. Ce roman a une conscience, une grande signification, beaucoup d'âme.

Note : 5/5
(Zeta_b)
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Nous sommes en 1939 aux États-Unis. David Strom, un physicien juif d'origine allemande, fera la rencontre de Delia Daley, une jeune mélomane noire. Ils décident de se marier malgré leur différence et l'opinion des autres. Ils auront trois enfants à qui ils vont transmettre leur amour pour la musique pensant que celle-ci triomphe toujours au-delà des couleurs et des races. Jonah, l'aîné, deviendra un ténor de renommée, Ruth, la rebelle, décidera de renier les valeurs familiales et Joseph, le narrateur, accompagnera son frère. "Le temps où nous chantions", c'est l'histoire sur soixante ans de cette famille de musiciens métis.

Pas facile de vous donner mon avis après ceux publiés avant moi. D'autant plus que je suis tout à fait d'accord avec ce qui a déjà été dit! Je ne serai donc pas originale en vous disant que ce livre est un chef-d'oeuvre qu'il faut lire à tout prix! Le genre de livre qui hypnotise, on ne pense à rien d'autre lorsqu'on l'a entre les mains. Et même lorsque je ne lisais pas, je me surprenais à penser à cette famille, ces personnages attachants qu'a su décrire l'auteur avec tant de justesse et de sensibilité.

Le récit alterne entre l'histoire des parents et celle des enfants tout en gardant une suite logique, rien de compliqué ici. C'est très prenant, on est tenté de dévorer, mais on se retient pour savourer le tout et s'imprégner de cette fabuleuse histoire riche en émotions : la colère face à l'intolérance, la tristesse suite à la perte d'un proche, la fraternité qui permet de passer à travers les épreuves, etc. Richard Powers a une plume magnifique, fluide et rythmée qui nous transporte avec cette musique toujours présente.

Une saga qui restera gravée dans ma mémoire longtemps!

Note : 5/5
(Cocotte)
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Difficile de parler de ce livre sans répéter ce qui a déjà été écrit. Tant pis, je vous livre en vrac mes impressions : éblouissant, enchantant, envoûtant, émouvant, saisissant, intelligent, une écriture magnifique; beau tout simplement.

Pas une seule fois je n'ai eu une quelconque impatience en lisant ce pavé (certainement un des plus longs que j'ai jamais lus) tellement l'écriture m'a séduite par sa richesse et le talent de l'auteur à mêler personnages fictifs et réels, la physique et la musique, l'histoire américaine depuis 1939, les conventions et l'évolution de la condition des noirs. A mon sens, il n'y a pas de "temps mort" (comme je le craignais), pas de passage "inférieur" et moins maîtrisé. J'ai été happée par l'histoire, celle de chacun des personnages humains et attachants, les chapitres (tous ont un titre) et la construction du livre, et les thèmes : relations familiales (parents/enfants, frères/soeurs), mixité raciale, le temps, l'histoire et la guerre. C'est d'une densité incroyable mais jamais je n'ai trouvé cela "lourd", j'étais juste subjuguée.

Cerise sur le gâteau : les pages sont baignées par la musique, classique surtout mais aussi gospel, blues, folk, rock, toutes les musiques. La magie avec laquelle Powers en parle est ce qui m'a le plus touchée. En parallèle, j'ai noté quelques références à découvrir.

Je ne regrette pas un seul instant de m'être lancée dans l'aventure de cette lecture et je me joins aux critiques ci-dessus pour vous le recommander grandement.

Un gros coup de coeur.

Note : 5/5
(s-lewerentz)
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Un très beau livre avec l'Histoire comme fond à ce roman-fleuve qui se lit comme une symphonie. Le racisme est très présent, de longs passages musicaux très intéressants font s'écouler les notes un peu comme des envolées d'étincelles jusqu'au final où l'on se reprend à respirer et revenir à la réalité. Je pense que l'auteur est un grand musicologue pour être arriver à me faire ressentir autant d'émotion lors de ma lecture.

Note : 5/5
(Lalyre)
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Que dire de plus que toutes vos critiques n'ont pas déjà évoqué? "Le temps où nous chantions" est un roman qui vous transporte. Dès les premières pages, on est aspiré au rythme de la musique. C'est remarquablement bien écrit, je suis béate d'admiration devant tant de culture, moi qui malheureusement n'ait aucune connaissance musicale. D'ailleurs, ce roman me l'a fait regretté. Peut-être que c'est la raison pour laquelle j'ai eu parfois du mal à entrer pleinement dans le roman. Mais, en tout cas, je suis persuadée que les mélomanes ne peuvent qu'être enthousiasmés à la lecture de cette ode à la musique.

Pour moi, c'est surtout la difficulté des enfants à se construire une identité qui m'a touchée. Lorsqu'on n'est ni noir ni blanc, comment trouver sa place? Le couple David-Delia m'a également beaucoup émue, leur volonté d'élever leurs enfants au-delà des races, juste autour de la musique. Même si c'est totalement utopique, c'est tellement beau qu'on aimerait que ça marche.

En définitive, c'est un grand roman, message de tolérance et d'humanité, qui mériterait amplement une seconde lecture pour en apprécier pleinement toutes les subtilités.

Note : 4,75/5
(Lyreek)
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Pour une fois (et c'est bien la première), j'ai été très déçu en lisant un livre qui a été très apprécié par les petits rats.

Je me suis ennuyé du début à la fin. J'ai passé les 300 premières pages à attendre que l'intrigue se lance et les 400 suivantes à me dire que maintenant que je l'avais commencé, autant aller au bout.

Je suis tout à fait d'accord avec tout le monde pour dire que l'univers de la musique est omniprésent et souvent très bien décrit, mais pour un néophyte comme moi en la matière, c'était souvent incompréhensible...

(frodebidejue)








Le temps où nous chantions,
Trois fermiers s'en vont au bal,
La chambre aux échos



Richard Powers, né le 18 juin 1957 à Evanston dans l'Illinois aux États-Unis, est un écrivain américain. Après quelques années d'études de physique, Richard Powers commence des études de littérature à l'Université de l'Illinois où il obtient son Master of Art en 1979. Il devient un auteur reconnu et à succès aux États-Unis au début des années 1990, avec des romans explorant la relation entre sciences (physique, génétique), technologie, et art (musique). Source : http://fr.wikipedia.org







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