La physique des catastrophes
(Gallimard/Folio, 2009, 822 pages)
Bleue Van Meer est une adolescente surdouée, orpheline de mère très tôt, elle voue un
véritable culte à son père avec qui elle vit, avec qui elle traverse l'Amérique au
gré des errances de cet homme, professeur en sciences politiques, charismatique et cultivé, mais
aussi séducteur impénitent, élitiste forcené.
A la grande joie de Bleue, ce père a décidé de rester pour la dernière année
de lycée de sa fille dans la même ville, Stockton, Caroline du Nord. A la rentrée elle fait
la connaissance tout d'abord d'une professeur de son lycée Annah Schneider, puis d'une bande de jeunes
gens, fantasques, auréolés d'une réputation romantique et quelque peu sulfureuse.
Annah Schneider fait tout pour que Bleue intègre la bande. Les jeunes gens entretiennent des liens
étroits avec Annah, qui anime le cours "introduction au cinéma". Ils vont chez elle, pour des
repas, des sorties et semblent fascinés par cette femme belle et mystérieuse à la
personnalité complexe.
Pendant ma lecture j'ai plusieurs fois changé d'opinion sur ce roman. Au tout début je l'ai
trouvé original, Bleue est un personnage sympathique. Cette jeune fille à l'érudition
cosmique, qui a des références littéraires, cinématographiques et musicales qu'elle
cite à presque toutes les phrases, a malgré tout beaucoup de fragilités et de complexes,
snobée par les élèves et coachér par son père elle est, en dépit de ses
performances scolaires, peu sûre d'elle.
On pense tout d'abord lire un roman initiatique (qui pourrait bien devenir culte pour les jeunes du même âge,
comme "L'attrape-coeur" l'a été pour ceux de mon époque). Puis l'ajout des jeunes gens
et du professeur Annah (dont on sait dès le début qu'elle meurt tragiquement) apporte une touche
de "jeunesse dorée maudite" surannée et galvaudée. Là j'ai un peu
décroché. L'auteur voulant orienter son roman vers encore autre chose (je ne dirais pas quoi pour
ne pas divulguer l'histoire plus qu'il ne faut), j'ai retrouvé dans le dernier tiers du roman un
intérêt pour l'intrigue.
Reste que ce roman écrit par une jeune femme de 27 ans, dont c'est je crois le premier livre
publié, a des maladresses et un manque de maturité qui m'a donné à penser qu'elle
l'avait écrit plus tôt, peut-être à l'âge de l'héroïne. Les
continuelles références littéraires et autres alourdissent un peu trop la narration, il y a
dans cette étalage de culture une esbroufe inutile. Je l'ai lu sans déplaisir, alors qu'il comporte
un peu trop de pages (il pourrait, à mon avis, être réduit de près de la
moitié), mais sans passion particulière.
Quelques très jolis passages parsèment le récit et j'ai particulièrement aimé
la première phrase : "Papa disait toujours qu'il faut une sublime excuse pour écrire l'histoire de
sa vie avec l'espoir d'être lu".
Ah la note, quand je suis partagée j'ai toujours du mal à en donner une. Entre 3 et 3,5 je pense.
Ah oui j'ai oublié, il y a, vers la fin, un passage que j'aime beaucoup c'est le discours de Bleue
lors de la remise de son diplôme de fin d'année.
(Zeta)
**********
Ce livre a été une très bonne surprise pour moi.
Bleue et son père, éminent professeur en sciences politiques, vivent une relation fusionnelle.
Elevée depuis toute petite par son père seul, Bleue est devenue une adolescente
surcultivée (ah bon, ça n'existe pas?), promise à un avenir brillant dans l'une des plus
grandes universités américaines. L'année où les événements du livre se
déroulent, Bleue est en dernière année de lycée. Elle s'installe cette année
encore dans un nouveau lycée (son père et elle n'arrêtent pas de voyager d'un bout à
l'autre de l'Amérique, ils changent chaque année de lieu de résidence).
En fait le récit commence par la fin, Bleue a intégré Harvard (je ne suis plus sûr que
ça soit Harvard en fait, désolée), mais est encore sous le choc des événements
qui se sont déroulés l'année passée : elle se rappelle du Sang Bleu, le groupe
d'étudiants le plus "mythique" du lycée. Elle a alors intégré ce groupe à la
demande d'Hannah Schneider, professeur de cinéma du lycée et figure de proue du Sang Bleu. Bleue
y est mal acceptée, si ce n'est par Hannah, qui semble l'apprécier beaucoup. Hannah Schneider est
une femme très raffinée mais aussi très mystérieuse pour tous les membres du Sang
Bleu.
Bleue se souvient du "corps flasque" d'Hannah, pendue à un arbre, retrouvé lors d'une
randonnée avec le Sang Bleu, à partir de là, tout est allé de travers. Dans le
livre, elle raconte comment les événements ont abouti à ce suicide.
Ce livre m'a emportée, je n'ai pas pu m'empêcher de le dévorer et de mettre des signets
partout. C'est un livre assez particulier, car en fait il est bourré de vraies (et fausses) citations
faites par Bleue. Certains critiques disent que c'est pontifiant mais au contraire j'ai trouvé ça
très drôle, et plutôt impressionant quand on se met à penser d'une citation
"ça c'est bien dit", que l'on recherche des informations sur l'auteur cité et que l'on se rend
compte que l'on s'est fait mener en bateau, que cet auteur n'existe tout simplement pas.
Un extrait :
"Minuit, avait décrété papa avant que nous partions. Sans faute.
- Vous avez ma parole, Mr Van Meer!
A cet instant, papa ne cherchait même plus à dissimuler son expression "je-n'y-crois-pas-une-seconde",
que je fis mine de ne pas remarquer, même si elle devint rapidement "Voici-l'hiver-de-notre-déplaisir"
[n.d.r. : Macbeth] et enfin "Achevez-cette-vieille-tête-grise-si-vous-le-devez"."
C'est un livre bourré de réflexions, qui intéresse autant (peut-être même un
peu moins) à cause de l'intrigue qu'à cause de la richesse du texte. De ce point de vue, les
échanges entre Bleue et son père sont très pittoresques.
Enfin, c'est souvent drôle et très agréable à lire en général.
Un petit bémol tout de même, je n'ai pas tout à fait cru à l'intrigue de bout en
bout, mais ça reste à cause de détails.
Au final cela a été une très bonne lecture que je recommande chaudement.
Pour finir, encore un extrait :
"(Après que Bleue se soit cachée les yeux dans le train fantôme quand elle était petite,
son père lui avait dit :) Parfois, il est plus courageux de ne pas regarder. Parfois,
ce qui fait mal, c'est de savoir : loin d'éclaircir, ça ennoircit. Savoir identifier les
situations et s'y préparer est extrêmement courageux. De certaines misères humaines,
seul le bitume, éventuellement les arbres, devraient être témoins."
Note : 4,75/5
(Shwarztein)
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