L'histoire de Chicago May
(Sabine Wespieser Editions, 2006, 443 pages)
Chicago May... Une jeune femme irlandaise fauchée et paumée, qui
quitte son île natale. Destination New York. C'est la démesure totale.
Déjà rien qu'à bord du bateau l'emportant vers ce qu'elle
espère être un Eldorado. Chicago May, c'est May Duignan, personnage
réel fuyant Edenmore en 1890 à cause d'un vol et de la misère
pour se réfugier dans Big Apple.
Arrivée sur place, elle se transforme en criminelle professionnelle, mais
aussi en fille de joie et en danseuse. Chicago May, c'est un personnage aux mille
facettes, assez attachante, capable de se faire aimer et détester à
la fois. Elle a rédigé ses mémoires en 1928, un an avant sa
mort, sous le pseudo de Mary Churchill Sharpe, un de ses noms d'emprunt. Des
mémoires qui ont bien inspiré Nuala O'Faolain, une autre irlandaise
exilée en terre américaine. La biographie est soignée,
détaillée, emplie d'affection et de respect. L'auteur s'est
documentée sur son sujet et petit à petit, l'empathie a gagné
du terrain, ça se lit, ça se sent.
Chicago May a parcouru une partie de l'Europe et des Etats-Unis, Nuala O'Faolain
nous invite sur ses traces. On refait le voyage, on tente de timides incursions
dans la tête de la fougueuse mercenaire, on côtoie la prison, les
maisons closes, les ruelles sordides, les bras aimants et les soirées de
fête.
A l'aide de nombreuses recherches (un formidable travail!), l'auteur rend vie
à May Duignan. Avec beaucoup de sensibilité et sans jamais porter de
jugement sur sa personne ou ses actes. Ajoutons à cela le plaisir de lire
quelques témoignages personnels de Nuala O'Faolain sur le travail fourni,
sur ses impressions, sur la prison ou les maisons de plaisir et tout y est
(même si je déplore un peu que ces appartés de l'auteur brisent
le rythme des aventures de son héroïne). Pour faire de cet ouvrage une
biographie ouverte et humaine, des lignes vivantes, non figées. Ce qui est
toujours bienvenu dans un tel domaine.
(Sahkti)
**********
Ce livre est avant tout une biographie, celle d'une femme qui vécut au début du siècle
dernier. Chicago May quitte son Irlande natale pour échapper à la fatalité de la triste vie
des Irlandais dans les années 1890.
Elle émigre aux Etats Unis où souffle un vent de liberté pour tous ceux qui veulent se
construire une nouvelle vie. Malheureusement quand on est une femme sans argent, la vie n'est pas simple à cette époque et notre
héroïne tombe bien vite dans la prostitution et le vol.
Connue dans tous les Etats-Unis pour ses méfaits, Chicago May sillonne le monde et finira seule et malade.
C'est un destin à la fois banal et atypique que celui de cette femme sans foi ni loi.
On découvre dans le livre la terrible condition des femmes à cette époque là en
Amérique. Condamnées à se vendre pour survivre, ou à subir grossesse sur grossesse.
L'auteur émaille son récit de nombreux documents, lettres et photos qui authentifient l'histoire.
Cette biographie est particulière car l'auteur est partie pour l'écrire des mémoires de
Chicago May, elle cite donc de nombreux extraits.
Toutefois, elle ne se contente pas de raconter son personnage. Elle y mêle des réflexions sur sa
propre vie, (Irlandaise émigrée elle aussi) et sur la manière de conduire une biographie.
Quelles sont les relations de l'auteur à son personnage? Pourquoi écrit-on ses souvenirs?
On s'aperçoit bien vite qu'à travers son ouvrage Nuala O'Faolain est à la recherche
d'elle-même et de sa propre histoire. Intéressant.
Note : 3,5/5
(Odilette)
**********
Un jour, en Irlande, Nuala O'Faolain entend parler d'une femme qui a fuit son pays et est devenue une criminelle
célèbre aux Etats-Unis. Un historien de la région natale de la jeune femme a écrit
son histoire, et May, elle-même, a publié son autobiographie dans les années 1920. L'auteur
veut en savoir plus, elle va visiter la maison où May a grandit, lit le récit de l'historien et
part en Amérique pour découvrir ce que May a écrit sur sa vie, dans une bibliothèque
où un exemplaire de ce livre est conservé.
Avec toutes ces données Nuala O'Faolain reprend l'histoire complète de la vie de May, son
récit est entrecoupé de considérations sociologiques sur l'émigration irlandaise, sur
la condition féminine à la fin du 19e siècle, sur la précarité de l'existence
des prostituées, et quelquefois aussi sur ce qui l'a poussé, dans sa propre expérience,
à entreprendre cette histoire.
A bien y réfléchir, je ne sais pas si Chicago May méritait un tel intérêt,
cette femme qui a fuit l'Irlande en emportant avec elle les économies de sa famille, somme substantielle
qui aurait pu lui permettre de s'installer honorablement où elle le voulait, qui, par insouciance, par
défi ou peut-être simplement par bêtise, a accumulé les fiascos, les expériences
suicidaires, les coups du sort et les actions répréhensibles, n'est pas, à priori,
très sympathique. Mais malgré tout, Nuala O'Faolain rend cette histoire passionnante par toutes les
dimensions supplémentaires qu'elle lui apporte.
Tentant avec constance de rester au plus près de la vérité, limitant au maximum les
interprétations, au besoin en édulcorant ce que May par bravache a rajouté de romanesque
dans sa propre histoire, l'auteur fait un récit fortement bridé par cette contrainte. On a parfois
envie qu'elle se lâche et qu'elle écrive plutôt un roman flamboyant dont elle a le secret, qui
nous permettrait de mieux apprécier ce que cette tête brûlée de May faisait de sa vie.
On a envie que ses histoires d'amour lamentables soient transfigurées, et l'on peut regretter que Nuala
O'Faolain n'y ajoute pas une touche de romantisme.
Mais cela n'est qu'une petite réserve. Nuala O'Faolain a sans doute besoin de coller au plus près
de la réalité pour démontrer que l'existence de Chicago May n'avait rien d'une partie de
plaisir, comme celle de toute femme qui rejetait les conventions, le style de vie traditionnel, la morale
populaire. Chicago May paiera très cher ses choix et ses erreurs. Nuala O'Faolain cerne parfaitement le
personnage quand elle dit : "elle n'a jamais eu aucun projet. Elle a embrassé le hasard, la contingence,
le chaos". Une vie tumultueuse, une vacuité absolue, mais un courage, une obstination digne de respect,
telle est l'histoire de Chicago May.
Note : 3,8/5
(Zeta)
|