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Alain Mabanckou

African psycho
(Seuil/Points, 2006, 220 pages)

Prenez un Africain de bricoleur dont le cerveau affaibli est aussi déglingué que les bagnoles cabossées par des congénères qu'il méprise, même si cela le fait vivre, dans un quartier dont l'appellation ("Celui qui boit de l'eau est un idiot") est aussi pittoresque que les moeurs de ses habitants. Vous avez là le décor amusant d'African Psycho.

Ce type, à tête rectangulaire, se trouve moche. Il se le dit chaque jour qu'Angualima, son héros assassin fait. Il rêve de l'imiter, et lui voue un culte régulier. Ses visites sont intéressées pour les conseils prodigués de sa tombe. En même temps le Maître le méprise, et le carrossier expose et cultive son masochisme. "Grand Maître" repose après s'être supprimé, estimant qu'il a accompli son devoir, à savoir commettre le plus de crimes parfaits, en faisant trembler les chaumières et pisser les plumitifs de la presse à sensations, sans être capturé par une police inopérante qui s'autocongratule.

Il rêve donc d'égaler le "Grand maître". Pour cela il s'est mis en tête de supprimer une fille. Ce devra être une prostituée venue de l'autre côté du fleuve, exercer son métier avec des clients aux goûts très fantaisistes, le bric-à-brac contenu dans le sac de l'intéressée livrant un inventaire à la Prévert, assez exhaustif des petites déviations de l'humanité en la matière.

L'auteur cite en dédicace Hermann Ungar : "J'ai tué un être humain, mais il me semble que je n'ai pas fait cela moi-même". L'on peut se demander si Mabanckou n'a pas surpassé son inspiration au travers de lectures de ce Tchèque morbide.

Aurait-on un double, un ange maléfique, se dédouble-t-on? Que se passe-t-il dans l'au-delà quand les vivants conversent avec leurs défunts? Mabanckou recoure à ces interrogations éclectiques dans le récit. La psychanalyse est bonifiée par sa truculence. Le lecteur peut aussi, à côté d'une lecture très savoureuse, se payer une psychanalyse bon marché, en lisant entre les lignes.

Le héros ordinaire se nomme Grégoire Nakoboyamo. Il lui arrive de s'abîmer longtemps dans des rêveries poétiques qui n'en finissent pas, heureusement que Mabanckou écrit avec faconde! L'une de celles-ci est la capture d'une étoile qu'il mettrait en cage pour l'éclairer en se passant de soleil. Je ne parle pas de la chute. Chut!

Cela se lit avec amusement. L'irrévérence de l'auteur doit beaucoup, et au monde occidental, et à son Afrique, qu'il peint, au loin, de Manhattan, en ses inventions littéraires grand-guignolesques, que l'on déguste comme on le fait de fruits savoureux et délétères.

(Habert)








Mémoires de porc-épic,
African psycho



Né au Congo-Brazzaville, Alain Mabanckou vit aux Etats-Unis et enseigne la littérature francophone à l'université de Californie-Los Angeles. Son roman "Verre cassé", publié au Seuil, lui a valu le prix Ouest-France/Etonnants Voyageurs, le prix des Cinq Continents de la Francophonie et le prix RFO du livre.






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