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Jack Kerouac

Sur la route
(Gallimard/Folio, 1997, 538 pages)

Peut-on parler de "Sur la route" comme de n'importe quel autre roman? Non, car "Sur la route" est un roman à part, difficile à appréhender et à critiquer après coup.

C'est un roman étrange, presque fascinant dans sa forme et son contenu. Considéré aujourd'hui comme un des romans phare de la littérature américaine du XXème siècle, ce roman que Kérouac écrivit à l'origine d'une traite en trois semaines sur un rouleau de papier de trente six mètres de long, fut refusé par tous les éditeurs jusqu'en 1957. Il faudra que Kerouac le remanie à de multiples reprises pour qu'il soit enfin publié. Et obtienne un succès extraordinaire.

Si Fitzgerald était l'un des précurseurs de la "génération perdue" de l'après première guerre mondiale, Kerouac, lui, institua la "beat generation". Ce terme englobe ces Américains qui rejettaient en bloc les bourgeois, les personnes "rigides" qui refusaient de profiter de la vie, la société organisée et corrompue et les valeurs traditionnelles. Au contraire, eux pronaient de vivre la vie simplement mais à fond, en sa totalité, se révoltant contre l'uniformité et la matérialité.

Les personnages de "Sur la route", Sal Paradise - le narrateur - et Dean Moriarty sont représentatifs de ce mode de vie et de pensée. L'histoire dans "Sur la route"? Il n'y en a pas ou du moins, les protagonistes, lors de leurs pérégrinations d'Est en Ouest, d'Ouest en Est mais aussi du Nord au Sud et jusqu'au Mexique n'ont en réalité aucun but. La destinée est d'être sur la route. La route est la destinée de Sal et de Dean. Kerouac chante et idéalise l'Ouest américain avec sa nature, ses espaces, sa liberté. Sal et Dean se moquent et dénoncent les touristes et autres riches qu'ils croisent sur leur route mais s'émeuvent devant les clochards ou les vagabonds qu'ils croisent ainsi que devant les Noirs ou les Mexicains. Ces êtres, qui, comme eux, vivent par et sur la route.

Evidemment, sur la route, il y a les filles, l'alcool, la drogue. Il y a aussi la musique, avec ce jazz extraordinaire, cette ambiance, cette frénésie qui prend les êtres et les foules, toute la nuit, sans fin. Que ce soit en stop, à pied, en train, en voiture ou en car, le voyage sur la route se fait d'une manière ou d'une autre. Le plus important dans "Sur la route" n'est pas la destination - San Fransisco ou New York - à atteindre mais les villes, les personnages, les amis que nos héros rencontrent au cours de leur voyage. Errant sans argent, crevant de faim, subissant la méfiance de tous, Sal et Dean sont à la recherche l'un de son père, l'autre de la fille idéale.

Kerouac s'était représenté dans "Sur la route" avec le personnage de Sal. Les autres personnages que le lecteur croise reprennent les amis de Kerouac, eux aussi adeptes de la "beat generation" comme Allen Ginsberg ou William Burroughs. Dean Moriarty, lui, symbolise Neal Cassady que Kerouac avait rencontré et qui l'avait envouté.

Difficile de sortir de "Sur la route" une fois le livre refermé. Si aujourd'hui plus de cinquante ont passé depuis sa sortie, "Sur la route" a conservé son aura et sa force et caractère. Un roman certes emblématique d'une génération mais aussi et surtout d'un certain idéal et de vie et de pensée de nos jours disparu ou du moins longtemps décrié.

Note : 5/5
(liza_lou)
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Chronique de l'errance, livre phare de la "beat generation", l'oeuvre la plus célèbre du mythique Kerouac est divisée en cinq parties, soit cinq "voyages" du protagoniste Sal Paradise à travers les États-Unis et le Mexique, seul, avec des amis ou avec des inconnus. À la vue du désoeuvrement des personnages, ces voyages se qualifient plutôt de dérives. Le premier a lieu en 1947, Sal Paradise rêve de l'ouest où certains de ses amis se trouvent, alors il quitte la côte est, pour traverser le pays. À cause de différents avec les amis qui l'hébergent à destination, son séjour occidental ne sera que de courte durée, et il reviendra dans l'est, chez sa tante du New Jersey. Le deuxième voyage est encore une traversée vers l'ouest, le troisième un retour dans l'est, le quatrième une équipée vers Mexico, et le dernier est plutôt l'établissement du protagoniste à New York, alors que c'est son comparse Dean qui repart, seul, sur la route.

Les déplacements sont en autobus, en stop ou en voiture lorsqu'un des amis a la chance d'avoir dégotté un peu d'argent. Sal effectue seul son premier voyage, mais il effectuera les autres avec des amis, principalement Dean Moriarty, un excentrique qui ne peut vivre que dans le mouvement et l'incertitude.

"Je compris que Dean était de nouveau saisi de folie. Plus question qu'il expédie de l'argent à aucune de ses épouses s'il avait retiré toutes ses économies de la banque et acheté une auto. Tout était cuit, les carottes et le reste. Derrière lui, fumaient des ruines carbonisées. Il fonçait de nouveau vers l'Ouest à travers le continent gémissant et terrible et bientôt il allait arriver. On fit en hâte des préparatifs pour la venue de Dean." (p. 366)

Le livre ne couvre que les mouvements, les périodes sédentaires entre les voyages sont escamotées, et résumées en quelques lignes, parce qu'elles ne méritent pas que l'on s'y attarde. Mais le livre traite plutôt d'errances que de voyages : les déplacements sont mal organisés, à la va comme je te pousse, on ne cherche qu'à fuir le présent, à rechercher des sensations fortes dans la vitesse, l'alcool, le sexe, le jazz et la drogue. La "beat generation" se veut en rupture avec le monde bourgeois, mais Sal Paradise et nombreux de ses amis ne sont pas capables d'assurer seuls leur subsistance sur la route, ils doivent souvent faire appel à leur famille et amis pour les dépanner. Ils refusent la société bourgeoise, mais c'est grâce à elle s'ils peuvent mener leur mode de vie bohème. Ceci rappelle les militants communistes intellectuels aux origines bourgeoises : sans leur milieu riche, dont ils se font l'apôtre du renversement, ils n'auraient pas eu le loisir d'étudier et de se développer comme ils l'ont fait.

De plus, les beatniks ne se déplacent que pour le mouvement. La destination est futile, car rien ne les y attend jamais. Une fois arrivés, rapidement la fièvre les reprend, et ils repartent en sens inverse. Lorsque Sal et Dean se retrouvent au Mexique, ils croient avoir enfin trouvé le paradis, là où ils pourront enfin vivre heureux. Mais ce n'est qu'illusion, ils n'y resteront pas longtemps. Et lorsque des amis se retrouvent, il ne se passe rien à part la débauche et la déchéance. Malgré toute l'énergie investit à traverser le pays, les personnages ne voient rien, vivent rien, n'apprennent rien et semblent toujours se rater : c'est un récit d'occasions manquées. Et ça se répercute sur la lecture : après la surprise de la nouveauté, je n'ai pas trouvé grand intérêt au récit de ces paumés.

En outre, Kerouac n'a pas une écriture hors de l'ordinaire. Son oeuvre témoigne d'une certaine génération, mais elle ne traversera pas les temps grâce à son style. J'ai débuté ma lecture dans la version originale, mais je suis ensuite passé à la version française, car je lis plus en français et parce que je n'avais pas l'impression que je perdrais aucune poésie ou richesse avec une traduction, puisque l'écriture est simple.

C'est mon deuxième livre de Kerouac, et je ne vois pas pourquoi il est élevé au rang des "grands écrivains". Pour moi, il se trouve dans la même catégorie que James Dean : des personnages charmants et rebelles pour l'époque, qui n'étaient pas excellents dans leur domaine, mais qui sont morts jeunes, les élevant au niveau d'idoles mythiques éternellement cools. Ils n'ont tragiquement pas eu le temps de vieillir.

En bref, cette lecture est importante pour connaître la "beat generation", mais je ne m'en souviendrai pas pour son style ou son intrigue mémorable.

Note : 2,5/5
(Le-réaliste-romantique)
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J'ai été déçue par ce livre dit culte. Peut-être parce que la traduction est un peu vieillote. Peut-être parce que de trop entendre dire que c'est un "incontournable", on finit par trop en attendre. Ou peut-être que cette histoire qui se déroule, comme se déroule la route sous les protagonistes, sans autre but que d'aller où elle mène, n'a plus le sens qu'elle avait lors de la sortie du livre. Bref déçue.

Note : 1/5
(Girondinelle)
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J'ai lu ce livre cet été en voyage solitaire dans la nature et, Dean et Sal ont été de merveilleux compagnons de route.

On a tellement écrit sur ce livre qu'il est difficile d'être original ou de prétendre écrire un commentaire intéressant. Donc, je vais juste parler de ce que j'ai ressenti, un peu influencé par les pistes de lecture qu'il y avait à la fin du livre (édition Folio Plus).

Ce que j'ai aimé dans ce livre, c'est la narration. Au travers de Sal Paradise, Kerouac nous raconte ses voyages à travers l'Amérique ou plutôt les Amériques : la citadine, l'Est, et la sauvage l'Ouest; ces voyages étant aussi une quête celle de Dean Moriarty qui représente cette Amérique sauvage. Et ce qui m'a plu c'est l'absence de prépondérance du narrateur/ Sal Paradise, au contraire, il est fasciné par Dean, fasciné par les gens, les paysages, la vie, et ce en toute humilité. Dean est le héros au sens glorieux, c'est l'homme de tous les superlatifs, Sal Paradise/ Kerouac est plus le témoin de cet homme hors norme. Comme s'il voulait graver à jamais la vie de cet homme. (Et lorsqu'on lit un peu l'histoire de la Beat Generation, on sait que Kerouac est l'initiateur avec Burroughs et Ginsberg de ce mouvement, or que serait-il sans Sean Cassidy?). De cette distanciation avec l'histoire, il y a une grande connivence entre le narrateur et le lecteur, tous deux spectateurs de l'extravagance de Dean Moriarty.

Ensuite, comme je l'ai dit, le narrateur est un contemplatif. Il s'émerveille de cette Amérique qu'il aime tant, et c'est communicatif. Il a une bienveillance envers les gens - plutôt les pauvres, les marginaux, les originaux - qui est très touchante. La beauté du livre tient beaucoup à cette sensibilité :

"Ah Sal, si tu pouvais t'asseoir avec moi en plein Pays basque devant une bonne bouteille bien fraîche de Poignon dix neuf, alors tu saurais qu'il y a autre chose dans le monde que des fourgons à bestiaux.
- Je le sais. Seulement, je les aime ces wagons, et j'aime lire les noms qu'on inscrit dessus, tels que Missouri Pacific, Great Nothern, Rock Island Line..."

Un peu dans le même genre, le narrateur est dans un bus rentrant à New York, il a le Grand Meaulnes avec lui, mais dit préférer regarder les paysages à travers la fenêtre.

Il y a ensuite une autre lecture qui rend le roman plus profond qu'il n'y paraît, c'est celle qui s'intéresse non plus à l'espace (aux nombreux voyages entre les côtes atlantique et pacifique) mais celle relative au temps. En effet, la notion du temps n'est pas précise, or des années séparent le début du roman de la fin, et les gens doucement changent. Si au début, on sent l'énergie, le je-m'en-foutisme (l'expression "mais on s'en foutait" revient souvent), de la jeunesse, vers la fin, on ressent l'idée de responsabilité, l'envie de "se poser". Et ce passage entre jeunesse et "maturité" (bien que je sois pas tout à fait d'accord avec moi-même sur cette opposition), est manifeste quand est mis en contraste la plupart des amis de Dean et Sal d'un côté, qui commencent à se ranger, et de l'autre, Dean Moriary, toujours dans le mouvement, halluciné, égal à lui-même. Plus le roman avance, plus leurs amis s'étonnent de Dean : "il est de plus en plus zinzin non?" Et la fin qui voit Dean resté seul "Sur la route" est assez poignante.

Enfin, le dernier aspect qui rend ce livre magnifique, c'est que son thème secondaire, après le voyage, est l'amitié. Thème qui n'est pas souvent traité en général en tant que tel. Amitié entre deux hommes qui sont finalement très différents.

Mon passage préferré :

"Oh, mon pote, mon pote, mon pote! gémit Dean. Et ce n'est même pas encore le début, et nous voici qui allons enfin ensemble vers l'Est, nous n'avons jamais été dans l'Est ensemble, Sal, songes-y, nous allons savourer Denver ensemble et voir ce qu'ils font tous, encore que ceci nous importe peu, l'essentiel étant que nous sachions ce qu'est le IT et que nous ayons le sens du TEMPS et que nous sachions que toute chose est réellement BELLE." Puis il se mit à chuchoter, m'agrippant l'épaule, transpirant : "Tu n'as qu'à les reluquer un peu devant. Ils ont des soucis, ils comptent les milles, ils pensent à l'endroit où ils vont dormir cette nuit, au fric pour l'essence, au temps, ils se demandent comment ils arriveront à destination - et cela ne cessera pas jusqu'à ce qu'ils soient arrivés, tu piges. C'est qu'ils ont besoin de se tracasser, et de tromper le temps en croyant urgent ceci ou cela, ce sont tout bonnement des anxieux et des geignards, qui n'ont pas l'esprit tranquille tant qu'ils n'ont pas dégotté un souci avéré et bien établi et, quand ils l'ont trouvé, ils prennent les expressions faciales qui collent et conviennent à la chose, ce qui est, vois-tu, le malheur, et continuellement il galope à leurs côtés et ils le savent et cela aussi les tourmente sans fin. Écoute, écoute donc. Eh bien donc - il les singeait -, je ne sais pas, peut-être ne devrions-nous pas prendre de l'essence à cette station. J'ai lu récemment dans le National Petroffious Petroleum News que cette sorte d'essence avait une grande proportion d'octane d'ozone de merde et quelqu'un m'a dit une fois qu'elle avait une haute fréquence semi-officielle de mes couilles, mais je ne sais pas, allons, je ne me sens pas chaud de toute façon...! Mon pote, tu piges tout ça." Il me bourrait furieusement les côtes pour me faire comprendre. Je m'y efforçais le plus sauvagement que je pouvais.

En conclusion, à la fin de ce livre, on en ressort fasciné par ce Dean Moriarty / Sean Cassidy et on rêve d'en rencontrer un.

Je me suis intéressé à cette période et à la Beat Génération, et certains l'ont dit, la musique est très importante dans le livre (le jazz et spécialement le be bop) et j'ai constitué une playlist sur Deezer : mon pseudo est Jeez (et non lejeez) et la playlist : on the road. Elle est en constitution mais il y a des choses très intéressantes : le poème "Howl" lu par Allen Ginsberg, des lectures de "Sur la route" par Kerouac, son album "Haïku-jazz", une interview de Burroughs... A bon entendeur!

(lejeez)
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Je ne vais pas résumer ce roman car d'autres l'ont déjà très bien fait, et je ne vois pas ce que je pourrai rajouter, d'autant que ce livre m'a un peu déçue. L'évolution des personnages et la plongée dans les meilleures années du jazz m'ont plu, suivre ces jeunes marginaux passer du stade où ils se foutent de tout à une certaine maturité, laborieusement atteinte, n'est pas désagréable mais pourtant je n'ai pas pu m'empêcher d'être déçue. Ces jeunes ne sont pas antipathiques, mais la manière qu'ils ont (à part Sal) de larguer les femmes après leur avoir fait un enfant m'a beaucoup gênée. Sans ça j'aurais pu adhérer à leur épopée et peut-être même trouver assez admirable leur manière de vouloir toujours conserver leur liberté, mais penser à ces enfants sans père m'en a empêché.

Note : 2/5 (pour la visite des Etats- Unis et le jazz qu'on entend presque)

(nauticus45)







Sur la route,
Maggie Cassidy,
Les souterrains,
Vraie blonde et autres,
Pic



Jack Kerouac est un écrivain américain, né à Lowell, Massachusetts le 12 mars 1922. Il est décédé à St. Petersburg, Floride le 21 octobre 1969. Jack Kerouac (de son vrai nom Jean-Louis Kerouac) est issu d'une famille d'immigrés canadiens français. Après un passage éclair à l'université Columbia, où il se consacre au football, il est tour à tour matelot, cueilleur de coton, déménageur, manoeuvre. Se posant d'emblée hors de tout establishment, il se veut autodidacte. Avec le soutien de ses amis Allen Ginsberg et William Burrough, il publie son premier roman, "Avant la route" en 1950. De longues années vont s'écouler avant qu'il ne soit publié à nouveau. Il traverse le pays en tous sens et cherche à expérimenter des formes d'écriture plus libres. Il s'inspire ainsi de la prose spontanée des lettres de son ami Neal Cassady. C'est finalement à San Francisco qu'un engouement commence à se créer autour de ce que Jack a nommé la "Beat Generation". "Sur la Route" est enfin publié en 1957 et Jack devient l'icône "beat" du public. Mais il réagit mal devant cette immense popularité. De plus, Kerouac, influencé par sa mère, a des opinions politiques plutôt conservatrices. Il prend position contre les valeurs hippies des années 60. Miné par l'alcool et la benzédrine, il meurt à 47 ans sans avoir pu concrétiser son rêve : relier ses oeuvres, à la façon de Balzac ou de Proust, sous un titre générique, "la Légende des Duluoz".
source : www.evene.fr






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