Sanctuaire
(Gallimard/folio, 1972, 384 pages)
Ce livre clôt en que quelque sorte le triptyque constitué par
THE SOUND & THE FURY (1929) (Le bruit et la fureur) et AS I LAY
DYING (1930) (Tandis que j'agonise), soit la seconde "période de
Faulkner" - celle où il met au point sa stratégie de
brouillage chronologique et son goût pour la tragédie antique.
Petit récapitulatif pour commencer: en 1931, s'il a publié
déjà cinq romans dont les deux chefs-d'oeuvre suscités,
Faulkner n'en demeure pas moins un inconnu et vit dans la misère.
D'où l'idée de composer un roman juste pour l'argent, en
réunissant tous les éléments à la mode dans la
littérature dite commerciale de l'époque. On passera
sur les inombrables réécritures du texte (spécialité
de Faulkner et de beaucoup d'autres). L'important est de savoir qu'il le
commence en 1929 suite à l'échec cuisant de SARTORIS - soit
donc avant les deux autres merveilles (d'où l'impression que la
mécanique de SANCTUARY est parfois moins bien huilée).
Il s'agit au départ d'un conte, inspiré d'un fait divers: une
sordide histoire de viol d'une collégienne par un adolescent
impuissant et pervers. Tous les éditeurs le lui refusent. Trop
violent, trop sombre, trop dépressif. Trop sarcastique et décapant,
aussi, bien sûr. Trop Faulknerien en somme.
L'auteur range donc SANCTUARY dans un tiroir, le retravaille
quelques mois plus tard et en fait son troisième chef-d'oeuvre
consécutif. Entre temps, il s'est adonné à son jeu
préféré: le brouillage chronologique. Il y a
ajouté quatre scènes de voyeurisme. Un meurtre. Une affaire de
distillation clandestine. Un justicier pathétique. Et 18
références à MACBETH. Malraux a sans doute fait beaucoup
de tort à ce livre, avec sa célèbre "Introduction de la
tragédie grecque dans le roman policier". Car s'il y a bien un genre
littéraire dont Faulkner se fout, c'est bien le polar... dans la
mesure où il est totalement incapable de maîtriser
l'élément capital de la mécanique policière:
le suspense. Rarement on aura vu un auteur aussi mauvais pour "faire
monter la sauce". Et pourquoi le ferait-il d'ailleurs? Quel en
serait l'intérêt puisque sur 20 romans qu'il composa entre 1927 et
1962, 14 commencent par la fin.
Le véritable génie de Faulkner dans ce texte, c'est de
réussir à écrire sur le Mal sans jamais se poser en
moraliste. Il sonde les profondeurs de l'âme humaine, dissèque
avec jouissance la médiocrité et la corruption, mais son point
de vue est quasiment absent de tout le roman. Il laisse penser les autres,
les hommes normaux, les désaxés, les fous, les criminels...
tous ceux qui n'ont pas droit à la parole ailleurs. Tous ceux sur
qui les autres n'écrivent pas.
Note : 5/5
(Thomas)
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Faulkner écrit "Sanctuaire" en 1929, dans le but avoué de gagner de
l'argent, et en écrivant donc une histoire dont il pensait qu'elle se
vendrait bien. La publication du livre traîne, et à la relecture
Faulkner est si peu satisfait du résultat qu'il se décide à
récrire son roman, acceptant de prendre même en charge partiellement
les frais financiers entraînés par de si importantes modifications.
Le livre connaît un certain succès commercial aux Etats-Unis et c'est
le seul roman de Faulkner à rester en permanence disponible de 1932
à 1960.
Je serais brève dans mon commentaire car malgré ma passion pour
Faulkner j'ai eu beaucoup de mal à lire ce livre. C'est tout simplement
trop violent pour moi, certains passages sont à la limite du soutenable. Je
ne conteste pas les qualités littéraires du livre, mais j'ai du mal
à supporter son contenu.
Note : 2.75/5
(Melisande)
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J'ai tellement aimé ce livre, l'un des meilleurs que j'ai lus, que c'est difficile
d'en parler. Ce n'est pas simple d'expliquer ce que j'ai pu ressentir. Enfin...
On est dans le Mississipi à Jackson et aux alentours. Quelques hommes
s'adonnent à l'alcool de contrebande. Ces hommes n'inspirent pas confiance.
Ils vivent dans une vieille maison décrépite dans la forêt. Les lieux
décrits par Faulkner sont terrifiants. Gowan et Temple, deux jeunes
étudiants de l'Université, se retrouvent pris dans ce repaire après un accident de
voiture. En fait, Gowan s'y rendait pour se procurer de l'alcool mais impossible
de repartir à cause de la voiture cassée. Temple ne se sent pas en
sécurité, elle a la frousse, elle a peur que ces
hommes s'en prennent à elle, elle maudit Gowan de l'avoir
entraînée là, elle fille de juge, et élève d'un
collège respectable. Et puis, un homme est tué... Popeys prend la
fuite avec Temple.
Bon ça ce n'est que le tout début, bien des événements
surviennent à la suite, plusieurs personnages surgissent...
On retrouve, entre autres, le qu'en-dira-t'on au nom de la bonne
morale. De l'alcool, beaucoup d'alcool. Un bordel. Un procès. La mentalité
de l'époque. Des personnages paumés, colorés,
bon vivants ou tristes... C'est un roman très noir, la vie semble des plus
pathétiques même pour les mieux
nantis.
Et c'est surtout le climat, l'atmosphère qui frappe le lecteur. C'est palpable on
y est, on ressent toutes les émotions. On avale
chacun des mots de William Faulkner, impossible d'en laisser passer un. Même si le roman
est très prenant, c'est impensable de le dévorer, mais on avale tout...
Je le suggère très très fortement. Quoi lire maintenant
après Faulkner...
Note : 5/5
(Mousseline)
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