La baleine de Dublin
(Denoël, 1993, 388 pages)
En 1953, Ray Bradbury est appelé dans les environs de Dublin par John Huston
pour écrire le scénario de Moby Dick. C'est à une triple
confrontation qu'est alors soumis celui qui n'était encore que l'auteur
relativement obscur des "Chroniques martiennes", de "Fahrenheit 451" et d'un
certain nombre de nouvelles. Confrontation avec un monstre sacré du
cinéma américain, un homme au formidable appétit de vivre,
à l'humeur fantasque, aux plaisanteries truculentes ou cruelles;
confrontation avec cet autre monstre qu'est l'animal mythique imaginé par
Melville; confrontation, enfin, avec un pays où le merveilleux et le
loufoque sont toujours prêts à surgir de la grisaille du quotidien.
Troisième volet d'une autobiographie romancée inaugurée avec
"La solitude est un cercueil de verre" et poursuivie avec "Le fantôme
d'Hollywood", "La baleine de Dublin" délaisse le cadre du roman policier pour une forme plus
poétique, une mosaïque de personnages hauts en couleur, d'anecdotes
épico-burlesques, de considérations sur l'âme irlandaise qui
sont autant d'étapes d'une sorte de rite de passage : celui d'un jeune
écrivain qui, au contact d'un grand cinéaste, d'un grand romancier et
d'un pays un peu fou, entrera en pleine possession de son propre génie.
C'est un livre que l'on peut diviser en 3 parties :
- la partie qui décrit la vie de John Huston, le réalisateur et
père de Angelica Huston, un homme complétement déjanté,
fou, imbu de sa personne et tyrannique avec la terre entière.
- la partie découverte de l'Irlande et de ses habitants qui est truculente
mais aussi très triste avec la pauvreté, la mendicité, la
mort...
- la partie où l'auteur s'affirme, passe de l'obscur écrivain inconnu
au romancier célèbre, de SF, et d'ailleurs durant ces mois, il
reçoit un prix.
C'est très joliment écrit, il donne une belle image de l'Irlande
géographique et s'apitoie sur son peuple qui crève de faim; il n'a
pas peur de montrer le vrai visage du réalisateur qui traite sa femme de
salope car elle tombe de cheval.... On le voit galèrer pour écrire le scénario de Moby Dick,
surtout qu'il a du mal avec le livre de Melville.
(lobadetolosa)
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