Seul dans le noir
(Actes Sud, 2009, 182 pages)
Un vieil homme vit dans le Vermont avec sa fille et sa petite-fille, tous les trois sont des écorchés de la
vie. Le vieil homme souffre d'insomnies, pour éviter de penser à des souvenirs douleureux il
invente une histoire, seul dans le noir. Dans son histoire existe un monde parallèle au nôtre, un
monde où les Etats-Unis vivent une guerre civile très meurtrière, où le 11 septembre
et la guerre en Irak n'ont jamais existé.
Bien sûr on y croit à l'histoire du vieil homme. C'est-à-dire qu'on finit par croire à
l'existence de mondes parallèles, Paul Auster peut nous faire croire n'importe quoi. Mais finalement ce
n'est pas nécessairement ce qu'on croyait, du moins ce que moi je croyais...
Un vieil homme, le cinéma, une histoire dans une histoire, l'écrivain dont les histoires
créent des mondes en soi, le pouvoir de l'imagination, la solitude dans le noir, des sentiments de
culpabilité...
C'est très très prenant. On lit ce roman pratiquement d'une traite.
Je doute que quelqu'un qui découvre l'auteur par ce roman n'en retire le même plaisir que moi, on ne
verrait alors que l'histoire pour l'histoire. Avec Paul Auster tout va plus loin que les premiers abords d'une
histoire... on se pose des questions, on tente de relier cette oeuvre aux autres, et parfois ça
devient fatiguant de penser à tout ça, mais veut veut pas on ne
peut s'empêcher d'y penser. Et comme toujours quand je termine un roman de Paul Auster je me dis
que je devrais toute relire sa bibliographie depuis le début, j'ai beaucoup de difficulté à
décrocher pour passer à autre chose...
J'aime bien lire les critiques sur le net du dernier livre de Paul Auster, c'est un auteur qui est beaucoup
critiqué alors on en trouve plein. Et de tous les genres. Certains jurent que "Seul dans le noir" est
son meilleur livre depuis longtemps... d'autres ne voient rien dans ce roman. Alors finalement c'est à
chaque lecteur de voir.
Moi j'ai aimé, c'est un bon roman, très bon roman même, quoique "Dans le scriptorium" m'a
plus rejoint. Le seul livre de Paul Auster qui m'a vraiment déçue c'est "Brooklyn Follies".
Extraits :
"S'évader dans un film, ce n'est pas comme s'évader dans un livre. Un livre vous oblige à
échanger avec lui, à faire travailler votre intelligence et votre imagination, alors qu'on peut
regarder un film - et même y prendre plaisir - dans un état de passivité
décérébrée."
"Certains films sont aussi bons que des livres, aussi bons que les meilleurs livres (oui Katya, je te l'accorde),
et celui-ci est du nombre, sans le moindre doute, c'est une oeuvre aussi subtile et émouvante qu'un
récit de Tolstoï." (Il parle de "Voyage à Tokyo")
Note : 4.25/5
(Mousseline)
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Un extrait :
"Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m'efforçant de venir à bout
d'une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain. A
l'étage, ma fille et ma petite-fille sont endormies, seules, elles aussi, chacune dans sa chambre : Miriam,
quarante-sept ans, ma fille unique, qui dort seule depuis cinq ans, et Katya, vingt-trois ans, la fille unique
de Miriam, qui a dormi quelque temps avec un jeune homme du monde Titus Small mais Titus est mort et maintenant
Katya dort seule avec son coeur brisé. Lumière éclatante, et puis obscurité. Le
soleil qui se déverse de tous les coins du ciel, suivi par les ténèbres de la nuit, les
étoiles silencieuses, le murmure du vent dans les branches. C'est la routine. (...)"
August Brill est un critique littéraire à la jambe brisée, immobilisé il occupe avec
peine ses journées en s'inventant un monde parallèle où le 11 septembre n'a jamais eu lieu,
où les États-Unis sont en proie à une guerre de sécession. Mais quand les histoires
deviennent réelles, la vie qu'Auguste Brill est subitement menacée.
L'appréciation que l'on peut avoir de ce livre ayant l'air de dépendre de la connaissance de
l'oeuvre littéraire de Paul Auster. Je me sens obligée de préciser ma propre connaissance,
de lui, je n'ai lu que quelques livres que j'ai tous appréciés : "La Trilogie New-Yorkaise",
"Dans le scriptarium", "Le voyage d'Anna Blum" et les poèmes du recueil "Disparitions".
Personnellement, j'ai beaucoup aimé "Seul dans le noir", que je placerai devant les livres
précédents que j'ai pu lire de Paul Auster. J'ai aimé la façon dont il mène
cet exercice littéraire classique, le héros d'une histoire passant brusquement dans le monde
réel. Le sujet est traité avec brio, il sait le renouveler et lui donner une ampleur toute
particulière. La trame est classique à la frontière de l'irréel, Paul Auster
mène sa barque sûrement en explorant encore et toujours ses thèmes de prédilection.
C'est un très bon roman qu'on lit d'une traite porté par l'écriture si fluide qui
caractérise le style de Paul Auster...
Note : 4/5
(lacazavent)
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