La vie d'après
(Editions de l'Olivier, 2008, 218 pages)
Donald Antrim a écrit ce livre après la mort de sa mère, Louanne, c'est une autobiographie.
Un livre libérateur sans doute parce que la relation que Donald Antrim a eu avec sa mère est
très complexe, ambivalante pour les sentiments qu'il lui porte.
Une mère alcoolique mais aussi très excentrique, marginale. Une artiste en avance sur son temps...
à ce qu'elle croit. Et c'est à se demander si elle n'était pas folle. Donald Antrim en a
souffert, il l'aimait mais en avait honte. Son enfance a laissé de lourdes traces sur sa vie
d'adulte et encore aujourd'hui.
Le style est superbe, il raconte les choses d'une façon non linéaire, des flash-backs entre
un événement et un autre, un lieu et un autre, une époque et une autre... En fait
on a plus l'impression d'être dans un roman que dans une autobiographie. Son histoire n'est pas
vraiment triste car il y met un certain humour mais un humour désabusé. Tout ça fait que
son histoire se démarque des autres qui traitent de sujets similaires.
Il y a aussi de très beaux passages sur les livres. Le père de Donald Antrim enseigne la
littérature à l'université.
C'est très prenant, on peut le lire pratiquement d'un bout à l'autre sans s'arrêter.
J'ai beaucoup aimé et j'ai eu même envie de le relire aussitôt terminé.
J'ai fait la connaissance de Donald Antrim avec ce livre maintenant je suis très curieuse de lire l'un
de ses romans, le premier "Votez Robinson".
Extraits :
"Je suppose que j'ai interprété l'indifférence de ma mère envers les livres comme un
mépris pour la communion, par le truchement de l'écrit, entre un auteur et un lecteur, cet espace
intérieur que nous puisons dans les mots imprimés."
"Je voulais de beaux livres. Je voulais comprendre ce que mon père savait mais n'avait pas voulu ou pu me dire,
par gêne, devant les rayonnages de notre salon de Miami."
"Les livres ne sont pas seulement les transmetteurs de leurs contenus; ils sont aussi, et fondamentalement, surtout
les beaux livres, les écrins et les apprêts de leurs contenus."
"Et quand, au milieu de la nuit, ma mère entra dans ma chambre en titubant, à demi inconsciente, le visage nimbé
de fumée grise de cigarette, ébranlée par le bourbon et le vin blanc; quand elle leva la main pour frapper et que,
esquivant facilement le coup, je m'empressai de la soutenir pour l'empêcher de tomber; quand, m'efforçant de la
maintenir debout, je vis derrière elle mon père qui nous observait dans l'ombre du couloir en murmurant qu'il
était désolé pour tout [...]"
"Je n'étais malheureusement pas emballé à l'idée de débarquer dans une chambre
d'hôte ou un bungalow en bord de mer avec ma mère mourante, qui me ferait honte. Elle parlerait haut
et fort au restaurant et rembarrait le serveur. Je me voyais déjà jetant des coups d'oeil à
droite et à gauche, essayant de me faire tout petit, en vain, et
présentant des excuses à tous les gens rencontrés."
Note : 4,5/5
(Mousseline)
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