L'obscur
(LGF - Livre de Poche, 2004, 222 pages)
Après l'obscurité, la grisaille!
Ce livre est le second écrit par McGahern, celui par qui le scandale, sa
mise à pied et son exil arriva. Edité en 1965, il est enseigné
dans les écoles irlandaises aujourd'hui, sorte de symbole d'une
libération du catholicisme et des moeurs. Il fut, il y a bien longtemps, le
premier John McGahern que j'ai lu.
Les premières pages sont terrifiantes par la violence physique et morale
dont le père (veuf) fait preuve à l'égard de son fils. Allant
jusqu'à lui mettre une allumette enflammée près des
paupières pour vérifier s'il dort. Puis certains soirs, ce sont des
attouchements sexuels dans le lit qu'ils partagent. Ce père radin,
lunatique, violent se plaignant toujours, gâche la vie de ses enfants, même
les pique-niques sont des corvées. Mahoney, le père, déteste
les prêtres, mais il leur confie Joan, une de ses filles pour lui trouver du
travail, le narrateur penche pour la prêtrise, mais quelques jours dans une
église lui font changer d'avis.
Les études lui semblent le meilleur moyen de s'en sortir, mais cela
coûte, et le père rechigne :
"- Je peux aller en Angleterre et te rembourser de là-bas.
Tout le monde peut aller en Angleterre".
Le départ pour le collège est une délivrance pour ce jeune
homme que sa sexualité gène dans un monde dominé par
l'église catholique et ses confessions hebdomadaires. Mais les affres de
l'examen remettent tout en cause, la sécurité de l'église ou
les aléas de la vie civile avec, en cas d'échec, certainement
l'exil :
"- Tu travailleras dans une usine de la banlieue de Londres, et on t'appellera Pat
(ou Paddy)."
L'examen est obtenu, suivi par la rentrée à l'université, puis
l'heure des questions survient. Puis les illusions et le désenchantement
prennent le dessus et la réussite se transforme en échec, les grands
rêves en médiocrité.
A noter que ce roman est écrit alternativement à la première
personne "Je" puis à la seconde personne "Tu" comme pour marquer une rupture
entre l'enfance et l'adolescence. Chose rare, le père et le fils n'ont pas
de prénoms comme pour souligner leur étrange relation. Il n'y a
pratiquement pas de présence féminine à part ses soeurs et les
fantasmes sexuels du narrateur. Par contre l'homme, l'adulte, le père par
procuration, que ce soit le prêtre ou le professeur, sont omniprésents
et étouffent l'adolescent.
Un grand roman qui avec le recul ne méritait pas les sanctions qui l'ont
frappé (censure), ni celles qui ont frappé leur auteur.
Extraits :
"- Il y a beaucoup de protestants par ici?
A peu près autant que de catholiques, mais ce sont eux qui possèdent
les meilleures terres, monsieur.
"Pas la moindre trace de goût, des gens parfaitement incultes même après
quarante ans de liberté, voilà ce qu'est la masse des Irlandais".
Note : 4,5/5
(Eireann)
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