L'élu
(LGF - Livre de Poche, 1996, 282 pages)
Dans le pays Artois, au Moyen-Âge, un duc respecté élève
seul ses jumeaux, sa femme est décédée lors de leur naissance.
Le garçon et la fille sont superbes, et inséparables. À la mort de
leur père, ils sont devenus de jeunes adultes. L'irréparable se
produit : ils partagent la même couche et conçoivent un enfant.
Écrasé par leur péché monstrueux, le jeune homme se
lance dans une funeste croisade, tandis que la jeune femme gère le royaume
à l'abri des regards. L'enfant nait en santé, mais il est aussitôt
confié aux mains de Dieu, dans une simple barque au milieu des flots de la
Manche. Dieu lui est favorable, il survit et est recueilli par un abbé qui
se charge de son éducation. L'enfant devient un homme cultivé,
valeureux et habile. Un jour, il connaîtra son origine, et, pour racheter son
effroyable péché originel, part en quête de tords à
redresser. Il prend pied sur le continent, où il peut défendre la
reine d'Artois et de Flandre. Bien que plus vieille que lui, il s'éprend de
la femme, qui est, horreur et scandale, sa propre mère. Ils vivront un
heureux amour, jusqu'à ce que la terrible vérité jaillisse.
Comment expier ce nouveau péché encore plus monstrueux?
Thomas Mann revisite le mythe d'Oedipe. La version chrétienne est
empruntée à un poète moyen-haut-allemand, Hartmann von Aue,
qui s'était lui inspiré d'une légende médiévale
française. Mann y ajoute une touche d'ironie, plusieurs chapitres se
terminent par la mort de compagnons du héros, "mais ce n'était que
des comparses, et le héros a franchi un nouvel obstacle." Le texte est
amusant, mais je trouve toujours un peu lassant ces contes où il y a
surenchère de drames. Le réalisme de la tragédie grecque se
perd dans cette interprétation.
Note : 3/5
(Le-réaliste-romantique)
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