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Thomas Mann

La mort à Venise
(Stock, 2004, 242 pages)

Résumé : Ce livre est le récit du combat que mène et perd Auguste Aschenbach, écrivain au faîte de sa gloire, âgé de plus de 50 ans, célèbre et noble. Un homme qui a conduit sa vie sous l'empire apollinien de l'ordre et de la raison. Il en a tiré gloire, anoblissement et respect général. Un jour il décide de faire un voyage à Venise où il y rencontrera Tadzio, jeune homme polonais d'environ 14-15 ans et ce sera la débandade. Ce jeune homme dont Aschenbach s'éprend deviendra pour lui la fulgurante personnalisation de la beauté. Fasciné par cette apparition, il n'est pas un jour où il ne tentera pas de croiser ce jeune garçon.

Mon avis : La mort à Venise a ceci de très unique, dans ce sens que, malgré une intrigue banale, dont la seule originalité est que ce vieillard a pour objet de désir un garçon et non une jeune fille, et malgré l'inexistance totale de toute action, je me suis retrouvée séduite, émue. J'ai été prise de la même passion dévorante que ce viel homme car on ne peut se lasser de vouloir contempler Tadzio. On attend avec impatience de le croiser au fil des pages, on ne se lasse pas de voir évoluer ce personnage si miraculeux, mystérieux et en même temps ambigu.

La puissance de suggestion et la maîtrise narrative de Thomas Mann font de cette lecture un moment de calme et de passion. La mort à Venise tire sa force, sa tension tragique interne de la présence latente du gonflement progressif de l'inquiétude dans la sécurité, du mystère dans la familiarité, du trouble dans la confiance, de l'abîme du désir sans fond dans l'ascension de la volonté. Une brève histoire, un petit joyau. Thomas Mann y transpose un pessimisme foncier, clairvoyance, perspicacité et un raffinement psychologique rendant la lecture attirante.

Ce roman est magnifiquement écrit et construit. Mann réussit à décrire avec génie le processus d'auto-destruction d'Aschenbach. Il narre avec des pensées qui touchent, qui émeuvent. La lutte qu'il identifie fort bien en lui trouvant de solides références mythologiques grecques, est celui d'un homme qui refuse les forces dionysiaques qu'il ressent en lui lorsqu'il tombe sous le charme d'un adolescent du même sexe que lui. Au lieu d'y voir une part de soi à maîtriser, Thomas Mann y voit "luxure, frénésie, déchéance" imposée par le "dieu étranger" Dionysios, alias une espèce de satan. Dans de telles dispositions d'esprit, la chute est proche, on pourrait presque dire souhaitée, tant elle paraît insurmontable.

En conclusion, ce récit propose une analyse intellectuelle des rapports entre l'individu et la société marquant une prédilection pour l'étude du personnage de l'artiste confronté aux valeurs bourgeoises. Par delà la magnificience du texte, on peut remarquer tout au long de la nouvelle, une réflexion profonde sur l'art et la place que celui-ci prend dans nos vies. Cette nouvelle brève, à l'écriture soignée est infiniment poignante et nous transporte en un singulier dépaysement. Bref, une charmante lecture ne serait-ce que parce qu'il s'agit de Thomas Mann.

Note : 4.75/5
(Sereine)

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