La Bibliothèque, la nuit
(Actes Sud, 2006, 335 pages)
Ça commence par une photo, celle d'une pierre gravée, avec en
légende en-dessous : Tout ce qui reste d'une bibliothèque
athénienne : un avis indiquant que l'établissement est ouvert de la
1ère à la 6ème heure et qu'il "est interdit d'emporter des
oeuvres".
Si vous ne connaissez pas Alberto Manguel, je ne saurai trop vous conseiller de vous
précipiter pour découvrir son essai "Une histoire de la lecture" et
ensuite de lire "La bibliothèque, la nuit" ou de faire l'inverse mais de
toute façon lisez ces deux livres. Vous allez adorer.
Il y a une complicité évidente entre Manguel et son lecteur, il partage la même
passion : la lecture. Et quel que soit le degré d'érudition de
chacun, on finit par le comprendre parce qu'il parle notre langue, celle du lecteur.
Et donc après la lecture décortiquée dans "Une histoire de la
lecture" passons au contenant : les bibliothèques. De l'agencement aux
bibliothèques imaginaires, de l'émergence du support numérique
aux cartons pleins entassés chez soi, c'est un vrai voyage dans le monde du
livre avec des paragraphes que l'on lit, relit avec bonheur, des photographies,
gravures, des anecdotes passionnantes, bref que du plaisir. C'est un essai et ça se
lit comme un roman, sans se sentir dépassé une seule fois par la
vaste érudition de l'auteur qui nous parle de sa bibliothèque et un
peu de la notre aussi. Mon seul regret : que la fantastique bibliothèque
de l'université invisible du disque monde de Pratchett n'apparaisse pas
dans ce livre, seule bibliothèque avec un orang-outan comme
bibliothécaire et qui permet de voyager dans le temps voire de passer dans
d'autres bibliothèques de d'autres dimensions et univers pour peu que l'on soit
assez dingue pour s'aventurer dans ses rayons.
"Nous cheminons au travers d'interminables rayonnages de livres où nous
choisissons tel ou tel volume sans raison apparente : à cause d'une
couverture, d'un titre, d'un nom, de ce quelqu'un a dit ou n'a pas dit, à
cause d'une intuition, d'un caprice, d'une erreur, parce que nous croyons pouvoir
trouver dans ce livre, tel récit, tel personnage ou tel détail,
parce que nous pensons qu'il a été écrit pour nous, parce que
nous pensons qu'il a été écrit pour tout le monde sauf pour
nous et voulons découvrir pourquoi nous avons été exclus,
parce que nous avons envie de nous instruire ou de lire ou de nous perdre dans
l'oubli."
Note : 5/5
(Chimère)
|