Le procès-verbal
(Gallimard/folio, 1973)
On a souvent dit ou écrit que le premier roman de Le Clézio n'avait
rien à voir avec les autres. Lui le premier. C'est à la fois vrai et
faux...
Vrai parce qu'en effet, nul exotisme dans l'histoire de ce type complètement
paumé et en dehors du monde, qui trompe sa mélancolie au hasard des
rencontres et des errances. Faux parce qu'on retrouve dès les premières
lignes le style de l'auteur, son écriture particulière, sa passion
pour la nature et les grands espaces quasi fordienne (et quels espaces : un univers
morne et désolé, finalement plus vivant que les personnages).
En fait de roman, c'est surtout une oeuvre extrêmement poétique et
philosophique. Pas d'intrigue, mais une succession de tableaux
décalés et décousus qui mis bout à bout forment une
histoire. C'est vrai qu'on se demande durant les premiers chapitres (enfin les
premiers fragments plutôt) : "qu'est-ce que c'est ce truc?". Eh bien ce "truc" est
un livre. Un livre fort, mélancolique, drôle, absurde. Un livre
refusant le cloisonnement des genres (poésie, roman, philo). Très
camusien dans l'esprit.
Une longue errance contemplative qui a certes vieilli, mais n'en demeure pas moins
profonde, aussi déroutante que captivante.
Note : 4/5
(Thomas)
|