Fils et Amants
(Livre de Poche, 1989)
Angleterre, début du XXe siècle. Les Morel sont un couple tout ce qu'il y a de plus banal. Tous deux issus de la classe ouvrière, ils s'aiment à la folie durant six ans... puis le temps fait son oeuvre, travaillant leur couple à l'usure petit à petit, Gertrude se met à rejeter son époux et à reporter son trop plein d'amour sur ses trois fils, allant jusqu'à les étouffer, voir même les vampiriser...
On a beaucoup dit et écrit que "Sons and Lovers" était une autobiographie de DH Lawrence, ce qui est totalement faux. L'auteur était certes fils de mineur et fut certes surprotégé par sa mère, mais s'il fut écartelé entre ses deux parents c'est parce qu'ils ne venaient pas du même milieu - sa mère était une grande bourgeoise de province et c'est sur cette différence de classe que la vie chaotique de l'auteur s'est forgée. Si cette question est évoquée dans le livre, elle n'en est pas le noeud.
Le personnage de Gertrude n'a rien d'une grande bourgeoise tâtant de la littérature et de la philosophie. C'est une femme du peuple, inculte et n'éprouvant de l'attrait pour les arts que parce que ses fils y éprouvent de l'intérêt et qu'elle veut, devant l'éternité, leur sembler la femme de leur vie.
On imagine sans peine le scandale provoqué par un tel roman dans l'Angleterre de 1913! Lawrence, avec cette plume d'une modernité étonnante qu'on lui connaît, pousse jusqu'à son paroxysme un complexe d'Oedipe qui n'a même pas encore été défini à l'époque. Voici un art tout à fait singulier.
"Sons and Lovers" est livre dur et cruel. Sa principale qualité, outre une écriture admirable et une finesse incroyable dans l'analyse psychologique des personnages, est de n'épargner personne. Mère, père, fils... ils en prennent tous pour leur grade : nul manichéisme ici. Morel est rejeté par sa femme, ce n'est certes pas un homme admirable, mais jamais il n'est dépeint comme un monstre. Idem pour cette mère possessive à l'extrême qui pourtant semblera si attachante au lecteur. Quant aux enfants, leurs découvertes sentimentales et charnelles hésitantes, harsardeuses et chaotiques sont narrées dans le détail mais avec une infinie pudeur.
Un très, très grand roman.
Note : 5/5
(Thomas)
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