Lettre au père
(Gallimard/Folio, 2002, 98 pages)
Cette "Lettre au père" fait naître en moi divers sentiments.
D'abord un certain malaise face à ce texte intime, reflet d'une
réalité qui pourtant, sent par moment la fiction, à cause d'un
procédé littéraire qui a voulu que Kafka, au lieu de
simplement cracher des mots de haine et de rage, les emballe avec de jolies phrases
et des tournures travaillées. Ce qui ne m'empêche pourtant pas de
penser que sur le plan littéraire, ce texte n'est pas mûr et de
qualité très moyenne.
Passé ce premier malaise (on lit différemment selon que l'on soit
devant fiction ou réalité face à de pareils faits
évoqués), je me pose alors la question des références
que nous avons, nous lecteurs, pour juger de ce qu'était l'éducation
d'un père à la fin du 19e siècle. Ce qui nous paraît
aujourd'hui ignoble ou outrancier entrait dans les normes de l'époque et on
dirait que Kafka juge avec le regard d'un homme d'aujourd'hui les actes d'hier. Ce
décalage est encore accentué par le fait que cette lettre n'est qu'on
long reproche du début à la fin, même si l'amour est très
présent. Les échecs, le gâchis, les peurs, le manque de
confiance... tout cela c'est la faute du père, en tout ou partie (mais
beaucoup en tout). Cette subjectivité, ajoutée au regard anachronique
de Kafka fils, donne au texte une saveur particulière qui me déplaît.
Le sujet est sérieux, la crise est grave mais j'ai le
désagréable sentiment que Kafka a laissé l'exercice
d'écriture prendre le dessus sur l'explosion des sentiments et lorsque ces
émotions se sont fait trop fortes, il a voulu s'en défaire en jetant
au visage d'autrui toute cette rancoeur qu'il ressent, et dans laquelle on peut
voir pourtant des complexes et des coinçures pas forcément toutes
liées à la figure paternelle. Un dédouanement donc, que je
trouve facile et malsain, comme si l'auteur manquait cruellement de
maturité. Du coup, ce qui pouvait passer pour un vibrant cri de
désespoir sonne faux à mes yeux et mes oreilles.
Un texte que je trouve très narcissique et à la fin duquel Kafka ne
sort pas grandi, mais ce n'est bien sûr que mon avis!
Note : 3,5/5
(Sahkti)
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