Le procès
(Gallimard/folio, 1987, 384 pages)
Joseph K. l'administrateur réputé d'une banque, tombe nez à nez un beau
matin avec deux messieurs: il est en état d'arrestation. Mais qu'a-t-il bien pu faire
de répréhensible, lui, un modèle de droiture? D'abord indigné, ce
procès lui semble une vaste farce qu'il ne prend pas au sérieux, mais alors que
la justice se terre derrière une structure labyrinthique, l'agacement fait lentement
place au désarroi, puis à l'obsession.
Dans cette oeuvre Kafka dénonce l'absurdité de tout un système qui s'étend
au-delà du simple appareil judiciaire. Son personnage est accusé d'un crime qu'il
ignore, jugé selon des lois que personne ne peut lui enseigner. Ouvrant sans cesse de
nouvelles portes, il ne parvient qu'à s'enfermer davantage sans que sa lucidité
ne puisse vaincre la machine qui l'écrase. Si l'univers décrit est un
modèle d'opacité bureaucratique, la description se s'arrête pas là
et l'analyse de l'administration anti-démocratique est menée avec finesse,
intelligence et sensibilité. Le questionnement incessant de l'oeuvre résonne et
déroute.
Le monde de Kafka semble sorti du registre onirique et il ne faut pas chercher le moindre
repère réel sur lequel s'appuyer. Il faut accepter l'absence de logique. La vie
est mystère absolu, un labyrinthe dont on ne connaît la sortie et ce qui nous
attend. Joseph K. est perdu, déboussolé, il ne saisit pas tout ce qui
l'entoure. Il y a peu de descriptions dans ses sentiments, voire pas du tout, mais l'auteur
arrive avec une vraie force, à nous faire ressentir en nous-même l'ambiance
d'oppression et de malaise qui renvoie à quelque chose d'absurde et d'illogique, de
confus et d'incompréhensible. Pour moi, c'est là que se situe la force de
l'auteur.
Et voilà - on tombe dans l'univers kafkain. Le lecteur, comme le personnage principal,
est dans le flou le plus parfait. L'atmosphère est parfaitement établie. Le
texte est tour à tour émouvant, déroutant. L'intelligence et la
sensibilité de Kafka sont palpables et il ne laisse pas indifférent.
La meilleure façon d'aborder ce roman c'est de le lire et de se faire sa propre
idée. Quant à moi, cette lecture a un charme insidieux, presque désuet,
qui émeut contre toute attente malgré l'économie d'effets. Ce livre me
laissera un souvenir impérissable. Comme l'a déjà mentionné, je ne
sais plus qui, l'important dans un roman c'est le charme. Et celui qui se dégage du
Procès est indéniable, même s'il dévoile un abîme de
désespoir, un avenir inéluctable qui s'abat sans aucune logique. Je vous le
recommande fortement.
Note : 4.5/5
(Sereine)
********** Résumé : Joseph K. est un jour arrêté chez lui, sans qu'il puisse apprendre le motif de son arrestation, ou connaître l'identité de la personne qui l'a accusé. Il est alors pris dans l'engrenage d'une justice mystérieuse, et il passera du dédain à la paranoia et l'impuissance jusqu'à finalement l'acceptation de cette condamnation sans appel.
Mon avis : Il faut savoir que ce roman est une ébauche non terminée. Kafka y a travaillé pendant deux ans et l'a ensuite mis de côté jusqu'à sa mort, après laquelle il a été édité et publié par Max Brod, qui s'est basé sur les notes dans le journal de Kafka pour arranger la séquence des chapitres. C'est pourquoi certains chapitres sont trois fois plus longs que d'autres, qu'il y en a un qui se termine au milieu d'une action non achevée, qu'un autre (Le bastonneur) est très différent des autres dans le sens qu'il est le seul à contenir des éléments carrément magiques ou fantastiques, et qu'il s'écoule une très longue période entre l'avant-dernier et le dernier chapitre.
Le fait que "Le procès" soit une oeuvre inachevée rend sa fraicheur encore plus remarquable. J'ai lu le premier chapitre de "Pourquoi lire les classiques" de Italo Calvino la semaine dernière, et un de ses postulats est qu'une oeuvre classique nous laisse une sensation de déjà vu. C'est exactement ce que j'ai ressenti en lisant "Le procès": le thème de l'homme contre la société, contre la bureaucratie, de l'angoisse existentielle, on a déjà vu ça mille fois. Quand on réalise que Kafka a été le premier, en 1917, à aborder ces thèmes dans la littérature, on réalise à quel point il a influencé le cours de la pensée et de la littérature du 20e siècle. D'ailleurs, ces thèmes sont repris régulièrement dans la littérature contemporaine, et on comprend pourquoi ce roman est considéré comme étant un des plus influents du 20e siècle.
Dans un langage pourtant très clair et facile à lire, à travers une intrigue toute simple, Kafka livre un contenu très dense, si dense que même maintenant personne ne peut s'accorder pour déterminer le sens de ce roman. Allégorie d'un monde totalitaire? Parabole de la culpabilité et de la grâce judéo-chrétienne? Condamnation du processus de justice? Recherche du sens à la vie? Humour noir, tout simplement? Mille interprétations sont possibles. Il nous reste qu'à nous demander, mais comment il a fait ça, dans un roman si court et si simple?
Ma note : À chaud, je lui aurais donné 3.75, car comme je l'ai mentionné, je l'ai refermé en me disant: C'est tout? et puis, ignorante de sa genèse, je le trouvais mal édité. Il en manque des bouts! Mais il m'est resté dans la tête, et c'est en ne pouvant m'empêcher d'y penser pendant les deux derniers jours, et en prenant conscience qu'il a été le tout premier d'une longue ligne de pensée continuant jusqu'à nos jours, que je réalise l'ampleur de son influence.
Note : 5/5
(Venusia)
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