Le Château
(LGF - Livre de Poche, 2001, 391 pages)
A mes yeux de l'excellent Kafka! D'abord parce qu'il arrive à tenir sur la
longueur avec une telle histoire, celle d'un échec à
répétition, d'un homme qui se heurte à l'absurdité dans
toute sa splendeur, non pas une fois, deux fois, mais tout le temps! Et Kafka
entraîne son lecteur sur des dizaines de pages en conservant un rythme
égal et sans faillir.
Ensuite parce que sous les aspects surréalistes de ce récit, son
côté complètement absurde, c'est tout de même une sacrée
belle critique non seulement de la bureaucratie et de l'autorité, mais aussi
de notre crédulité et d'une grande partie de notre
société.
K se dit arpenteur. C'est un homme contraint à l'errance, à l'exil et
qui connaît les brimades. Certainement beaucoup de Kafka lui-même dans
ce personnage et l'expression de ce qu'il a pu endurer au sujet de sa religion, de
ses origines familiales, de sa langue et de son déracinement. De quoi, sans
doute, permettre à Kafka de ne pas faiblir tout au long de cet écrit,
le sujet n'étant jamais épuisé puisque tellement personnel.
J'ai été particulièrement frappée par le
caractère "normal" de tout ce qui arrive, même si le tout est
placé dans le moule de l'absurdité. Ces échecs, ces fins de
non-recevoir, ces attentes, ces méfiances... tout cela fait partie de la vie
quotidienne est est parfaitement identifiable, à des degrés
variables, par tout un chacun. De quoi rendre l'oeuvre de Kafka plus universelle
encore parce que adaptable et adaptée à toutes les situations.
Au-delà de l'aspect quotidien des choses, c'est également une vision
globale des régimes totalitaires et de l'étouffement provoqué
par la bureaucratie. Une dénonciation directe à travers un
roman.
Un grand livre, admirablement traité, mais qui pêche à certains
moments par un sentiment de stérilité, comme si on tournait en rond,
comme si on était tellement enfermés dans ce système stupide
qu'il était impossible d'en sortir, physiquement ou mentalement. Sans doute
un reflet de l'état d'esprit tourmenté de Kafka, plus pessimiste
qu'autre chose.
Indiscutablement du grand Kafka, avec de nouvelles découvertes à
chaque relecture, un regard différent, une autre compréhension et
chaque fois, toujours, une identification à quelque chose.
Note : 4,5/5
(Sahkti)
|