Instruments des ténèbres
(J'ai lu, 1999, 250 pages)
Ah qu'elle est merveilleuse Nancy Huston!
Deux récits en parallèle:
D'un côté il y a Nadia, écrivaine, début de la
cinquantaine, new-yorkaise, qui écrit son journal.
Elle revient sur son passé. Elle parle avec amertume de son père
alcoolique, de sa mère qui a laissé tomber une carrière
de musicienne prometteuse à cause de son mari et de ses nombreux
enfants. Elle parle aussi de son frère jumeau décédé
à leurs naissances. On sent de la culpabilité, des remords
par rapport au frère jumeau et des remords d'avoir abandonné sa
mère à son sort.
Nadia est entrain d'écrire un roman. Alors l'autre récit c'est
ce roman, l'histoire de Barbe, une paysanne française du 17e siècle. La mère
de Barbe est décédée
en donnant naissance à Barbe et son frère jumeau Barnabé. Barnabé grandit dans un monastère.
Mais Barbe moins chanceuse, mène une vie de misère où
violence, faim, viol est son lot quotidien.
Nadia se sert de son roman pour trouver un échappatoire à sa
conscience tourmentée. C'est triste, épouvantablement triste mais pourtant c'est
la vie. C'est violent, noir.
A travers Nadia, j'ai l'impression de découvrir qui est la vraie Nancy
Huston.
Un livre à lire, une auteure à découvrir à tout prix!
Note : 5/5
(Mousseline)
**********
Nous sommes en présence dans ce roman de deux récits qui vont
dans une même direction, nous avons le journal d'une écrivaine
qui n'a pas toujours eu la vie facile et en parallèle nous avons le
roman de cette même écrivaine qui nous relate la vie d'une
jeune femme du 18e siècle qui se voit reniée pour avoir voulu
se débarrasser de l'enfant que son patron lui a fait.
C'est très bon, j'ai adoré ce fameux parallèle entre
l'écrivaine et la vie de son personnage.
Toutefois par moment je trouvais le journal de l'écrivaine trop long
et j'avais hâte de retomber en 1712 pour retrouver Barbe et son frère.
Note : 4/5
(Dytal)
**********
Ici deux récits se déroulent parallèlement: celui de Nadia, une
écrivaine américaine aigrie qui se remémore sa "triste vie" et celle de
Barbe (sa créature imaginaire) une jeune servante confiante, à la foi
inébranlable malgré un destin qui s'acharne.
La narration alterne ainsi d'une vie à l'autre dévoilant au lecteur tout le
processus de création d'un personnage et de son récit. De sorte que le souffle
qui permet à Barbe de vivre s'inspire généralement d'un fait divers, d'un
dialogue, d'un rêve ou d'un souvenir tiré de la vie de Nadia. Ensemble, elles
évoluent et se complètent. À un point tel qu'à la fin, Nadia
délaisse son démon, sa muse satanique, et se laisse séduire par
l'écriture d'une fin heureuse pour Barbe. L'effet sur sa vie réelle est
instantané: elle découvre le plaisir simple des hortensias de son voisin.
Plaisir qu'elle a toujours tourné en dérision, comme elle-même d'ailleurs.
J'éprouve toujours un réel plaisir à lire Nancy Huston. Elle utilise
pourtant un processus narratif très semblable à Baricco, bien que
l'écriture soit différente en soi. Je crois que ce qui me fait accepter l'hétérogénéité
de sa narration pleine de trous dans la chronologie est le présent de son
écriture. Avec Huston, nous suivons souvent un récit raconté par un
narrateur qui tentent de recoller les bouts de lettres, de rêves, de dialogues, de
souvenirs dans un temps unique: le présent.
Le narrateur se lance aussi dans des monologues intérieurs délicieux. Celui-ci
m'a particulièrement plu, peut-être parce que je me suis tenue le même
à une certaine époque : «comment faire pour aimer quelqu'un qui aime Claudel?
Comment m'abandonner aux caresses d'un homme qui se moque de Tsvetaieva? Comment prendre au
sérieux quelqu'un qui prend Jean-Paul Sartre au sérieux?» p.166
Comment prendre au sérieux quelqu'un qui prend Jean-Paul Sartre (ou Foucault) au
sérieux? C'est bon, non? :)
Note : 4.5/5
(Lafillasse)
**********
Voici deux récits en parallèle. Tout d'abord, celui de Nadia,
écrivaine divorcée, tourmentée qui nous raconte son
passé. Nadia écrit un roman qui se trouve à être le
deuxième récit du livre. C'est l'histoire de Barbe, une servante du
18ème siècle qui sera accusée de sorcellerie. Plusieurs
similitudes rejoignent ces deux récits.
J'ai adoré ce bouquin qui m'avait pourtant laissé perplexe il y a
quelques années. Le style de Nancy Huston m'a encore interpellée avec
l'originalité des deux récits et sa capacité à nous
émouvoir. J'ai préféré l'histoire de Barbe dont
la fin m'a fascinée. Ce n'est pas une lecture facile, il faut être
concentré, mais ça en vaut le coup!
Je vous le suggère!
Note : 4.75/5
(Cocotte)
**********
A l'issue de cette lecture, je me suis sentie partagée. J'aime beaucoup
l'écriture de Nancy Huston, en particulier pour sa sensibilité et sa
fluidité; également pour la proximité qu'elle arrive à
créer avec ses lecteurs. Une proximité qui existe dans ce roman,
avec le personnage de Nadia, mais je trouve par moments que cette femme est
étouffée par la présence de Barbe. Protagoniste hautement
intéressante elle aussi, mais c'est comme si les deux histoires
racontées en parallèle étaient trop fortes pour tenir ensemble
dans un même bouquin sans vouloir manger la place occupée par
l'autre.
C'est dommage, ça m'a gênée par moments, même si ça n'a pas
tout à fait gâché ma lecture.
Parce qu'il faut le reconnaître, Nancy Huston écrit tout de même
bien! J'ai encore une fois ressenti beaucoup de plaisir à évoluer
dans les pas de ses personnages féminins et apprécié
particulièrement la noirceur qu'elle distille ci et là, cette
souffrance si palpable, bref toutes ces émotions et ces sentiments qu'elle
restitue avec une justesse certaine. Pas de pathos ou de larmes à bon
marché, il demeure toujours cette proportion efficace de sensibilité
et d'humanisme qui évitent de tomber dans la facilité ou la
mièvrerie.
Pas son meilleur roman à mes yeux (en tout cas, pas celui qui m'a le plus
charmée) mais tout de même, une lecture qui en vaut la peine!
Note : 3.5/5
(Sahkti)
**********
Superbe roman, grave et complexe où les souffrances font partie
intégrante de la vie et semblent être les voies indispensables pour
protéger l'autre.
Note : 4/5
(ithys13)
|