La femme en vert
(Métailié, 2006, 298 pages)
Loin des cartes postales.
Second roman de cet auteur islandais, qui nous décrit un Reykjavik
cauchemardesque.
Un jour d'anniversaire dans une banlieue de Reykjavik, une enfant suce un objet qui
s'avère être un bout d'os humain. Dans ce quartier en pleine
reconstruction, un corps a été enfoui environ soixante ans plutôt!
Commence alors quatre histoires qui s'imbriquent les unes dans les autres. Deux
sont actuelles, le commissaire Erlendur mène cette enquête avec ses
adjoints Elinborg, une des rares femmes de la police islandaise et Sigurdur Oli.
Mais Erlendur en plus, doit veiller sur sa fille qui, droguée et enceinte,
vient de l'appeler au secours? Quand il la retrouve, elle a perdu son
bébé et est dans le coma à l'hôpital. Le médecin
lui conseille de parler, alors le père se raconte à sa fille, lui
explique que ses parents et lui ont quitté la campagne islandaise pour la
capitale, il lui parle de son ex-femme, oubliant toute pudeur. Mais l'enquête est
là, est-elle nécessaire d'ailleurs?
Que s'est-il passé soixante ans avant dans ce qui n'était à
l'époque que des résidences d'été; la présence de
plusieurs groseilliers laisse à penser qu'il y avait une maison pas loin de
l'endroit où le corps a été découvert, laquelle
laissée à l'abandon a été détruite. Les
témoins de l'époque sont rares, leurs mémoires sont un peu
chancelantes. Les troupes anglaises et américaines ont stationné
dans les environs, s'agit-il d'un des leurs?
Une femme sans nom raconte sa vie, ou plutôt son calvaire avec un mari
à la violence extrême, elle est mère d'une petite fille
handicapée qui n'est pas de lui. Nous les retrouverons tout au long de
l'enquête quand sa vie deviendra un véritable cauchemar, avec deux
enfants de plus et un mari de pire en pire, monstre de sadisme.
Nous rencontrerons aussi Benjamin, riche commerçant : il était le
propriétaire de cette maison, mais n'y habitait pas. Sa soeur raconte
à la police que sa fiancée a disparu juste avant son mariage. Quelles
en sont les raisons, où est-elle partie? Quels secrets de famille sont enfouis
dans les mémoires?
Les interrogatoires des proches de la famille de Benjamin restant en vie sonnent
faux, ce qu'ils cachent a-t'il un rapport avec le cadavre?
Les archéologues, chargés de sortir le corps de terre, prennent
milles précautions, pendant près qu'une semaine, les policiers se
posent la question, homme ou femme?
Erlandur, le commissaire est un homme solitaire, il a quitté sa femme il y a
très longtemps, son fils le voit rarement et les visites de sa fille se
terminent sous un flot de reproches. Pourquoi l'avoir appelé ce
soir-là?
La femme, celle des années passées (la mère), épouse
martyre, porte le poids de ses fautes. Fille mère d'une fillette
handicapée, seule contre un monstre, après deux tentatives de fugues,
elle s'est résignée. Ses enfants, Mikkelina et Simon aident leur
mère de toutes leurs forces, seul Thomas qui ressemble à son
père bénéficie de quelques bontés, les scènes
de brutalités sont impressionnantes,
Grimur, son mari est une brute abjecte, sorte de Docteur Jekill et Mister Hyde. Sa
famille aura six mois de bonheur quand il sera emprisonné pour vol de vivre
dans une base américaine, mais six mois, ce n'est pas long, l'enfer est de
retour.
Le style de narration, avec ses nombreux retours en arrière est
malgré tout facile à lire, car l'écriture est simple. Certains
passages sont très durs, comme quand Erlendur recherche sa fille dans les
quartiers de drogués de la capitale islandaise.
Un très bon roman qui m'incite à lire bientôt "La cité des
jarres".
Extraits :
"Au cours de ses rares sorties, Simon avait l'impression que son père
était presque un être humain. Presque un père."
"Le seul pouvoir qu'il a dans ce monde, est celui qu'il a sur nous et il n'a pas
envie de le lâcher. Et il ne le lâchera jamais."
Note : 4/5
(Eireann)
**********
Après lecture de ce deuxième roman d'Indridason, je ne peux que dire
le plus grand bien de cet auteur. Car non seulement, il offre ici une intrigue
passionnante de bout en bout mais il a un talent fou pour créer des
personnages que l'on ne peut pas oublier. Ils continuent à vivre dès
la dernière ligne lue, le livre refermé. Et ça c'est une
réussite. C'est bien simple, je n'ai pas pu quitter le livre avant la
dernière page et c'est avec la gorge serrée que j'ai eu bien du mal
à le refermer.
L'alternance des passages entre le présent
(où Erlendur et son équipe travaillent à l'exhumation du
passé autant que celle du corps) et le passé (où ce qui se
passe dans cette maison aux groseilliers a de quoi vous faire cauchemarder) est
d'une efficacité redoutable. On veut savoir et en fait non. Oh et puis si.
Et c'est l'occasion d'en apprendre un peu plus sur Erlendur et ses
démêlés avec son ex-femme, sa tentative maladroite pour se
rapprocher de sa fille qui a ses propres démons à combattre et nous
est offert un pan de son enfance avec l'explication de sa fascination pour les
histoires de disparitions mystérieuses et les affaires dont les racines
remontent loin dans les histoires de familles.
Je suis devenue fan d'Indridason et je dis que j'en veux encore. C'est plus que du
polar ses romans, c'est un vrai univers d'auteur...
Note : 4,5/5
(Chimère)
**********
Arnaldur Indridason me plaît beaucoup! (enfin son écriture...) Un
récit fort, troublant, très dense, dans lequel son héros n'en
est pas vraiment un, ressemble à un type désabusé avec plein
de soucis familiaux et ressent encore beaucoup d'émotions face aux enquêtes
qu'il doit mener.
Il y a ici une intrigue à démêler (la découverte
d'ossements humains datant d'un demi-siècle) et une belle exploration
psychologique de chaque personnage, habilement menée par un
procédé d'écriture en écho. Deux récits se
chevauchent, se croisent et finissent par se rejoindre. Lorsque j'ai lu le
résumé du livre en librairie, je me demandais si ça n'allait
pas trop ressembler à "Wonderland Avenue" de Connelly (des os, des
décennies écoulées, des maltraitances...), mais non, pas du
tout. Indridason possède un style bien particulier qui le différencie
des autres.
Une lecture très plaisante, à l'exception toutefois des
dernières lignes. Ce happy end me paraît superflu, voire
décalé et en trop, je m'en serais bien passée, il n'apporte
rien. L'auteur avait déjà fait pareil avec "La cité des
jarres", il fallait clore sur une note d'espoir. Idem ici, dommage. Mais cela ne
retire rien à la qualité de ce livre que je recommande chaudement.
Note : 4/5
(Sahkti)
**********
Encore meilleur que le premier!
Roman très bien construit, suspense jusqu'au bout, personnages attachants.
Une réussite.
Note : 5/5
(Odilette)
|