L'homme qui rit
(Gallimard/folio, 2002, 838 pages)
Vieux, Hugo désirait sans doute faire montre de son génie en
s'adonnant à la création de ce chef-d'oeuvre. Il est merveilleux de
voir comment l'auteur, en écrivant, ne semblait pas le faire dans le but de
plaire. Derrière ce roman, il n'y a que peu de divertissement, uniquement
l'intelligence d'un homme vieux qui sait bien des choses. C'est un manuscrit fou,
ça enchâsse la beauté et l'Hugolien dans une bouillie
magistrale.
Gwinplaine, personnage principal, est un enfant qui a eu la marque imprimée
à son visage. Un sourire inlassable se peint donc sur ses traits, se faisant
esclaffer quiconque y pose le regard. Déjà, le grandiose de cette
créature toute Hugolienne nous fait entrevoir la folie du reste.
Il y a aussi Dea qui est d'une poésie étrange. Aveugle, belle,
amoureuse, c'est plus qu'il n'en faut pour se mouvoir dans un roman romantique du
maître de ce genre.
Ursus le philosophe et Homo, son loup, sont aussi de grands acteurs de cette
scène quasiment épique. Cet homme brillant monologue sans cesse, dit
les antithèses de sa pensée, aime en étant acerbe, est
doué de tous les talents. C'est le plus fantastique des êtres que
créa l'auteur. Il chante de maintes voix, il sait tout et parle tout le
temps, il pleure, à un moment; il est de roche et d'eau, à y penser.
Des ennemis, bien sûr, viennent briser le plaisir de leur existence mais
sinon, outre leur étrangeté, ces trois personnages n'auraient pas
mérité un roman.
Prenant un chapitre pour décrire chaque endroit où il nous
déplace, prenant plus de dix pages en énumération simple de
noms et de titres, prenant son temps dans des métaphores ne voulant pas
finir, "L'homme qui rit" est le délire que j'aimai le plus lire. C'est une
source entière d'inspiration, c'est une douceur, c'est merveilleux. J'ai lu
en aimant mais je me pose encore la question maintenant, la tête refroidie,
si un peu je m'amusai.
Note : 5/5
(Dîvad)
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