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Hermann Hesse

Narcisse et Goldmund
(LGF - Livre de Poche, 1975, 250 pages)

Publié en 1948 "Narcisse et Goldmund" est plus qu'un roman, une sorte de conte philosophique. Hesse raconte l'itinéraire de deux personnages dans un moyen âge de convention. Le premier, Narcisse est un étudiant si brillant qu'on lui confie des tâches d'enseignement au monastère de Mariabrone. Goldmund, lui, malgré sa grande beauté, voudrait devenir moine et il recherche la philosophie et le savoir. Bientôt pourtant Goldmund connaît les tentations de la chair. Les deux jeunes hommes deviennent amis, parce que, selon Narcisse le lucide, ils sont très différents. L'amitié consistera pour Narcisse, maître exigeant, à révéler à Goldmund sa vraie nature. Il va mener alors une vie errante de séducteur, à la recherche de sa voie, qu'il trouvera après bien des aventures.

Cette oeuvre est riche - c'est le but qu'elle se propose. On y discute du sens de la vie, des rapports entre l'existence et l'oeuvre d'art, entre l'art et la philosophie. Mais elle intéresse aussi parce que ce roman d'initiation côtoie aussi parfois le récit picaresque.

Toutefois, "Narcisse et Goldmund" me laisse un peu perplexe, même si je reconnais volontiers que le livre a de quoi séduire. Le livre a été publié en 1948, or qu'on lit p. 215 du livre de poche:

"- Dis-moi Narcisse, avez-vous, vous aussi, quelquefois brûlé des juifs?

- Brûlé des juifs? comment le ferions-nous?(1) Il n'y a du reste pas de juifs chez-nous.

[...] p. 216, - tu as sans doute vu brûler des juifs, Goldmund?

- Oh oui!

- Eh bien, l'as-tu empêché? non? vois-tu(2). Goldmund raconta tout au long l'histoire de Rébecca(3)..."

Cette parenthèse et l'épisode de Rébecca me gênent dans une oeuvre parue en 1948 dans le contexte que nous connaissons. Trois arguments :

(1) Goldmund, négation pure et simple.
(2) Goldmund, impuissance revendiquée.
(3) L'histoire de Rébecca: consentement des victimes à leur sort.

De la part d'un maître à penser, c'est, me semble-t-il, se donner bonne conscience à bon compte.

(Rotko)

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