Lettre à un jeune artiste
(Mille et Une Nuits, 1997, 48 pages)
Longue lettre d'une dizaine de pages de Hermann Hesse à J.K., un jeune
artiste qui l'interroge sur sa motivation et le chemin qu'il doit suivre. Le ton se
veut au début paternaliste et puis peu à peu, Hesse donne une leçon.
Il conclut d'ailleurs sa missive avec ces mots: "Je m'aperçois que ma lettre
est presque devenue une dissertation. J'en ferai donc tirer des copies et, à
l'occasion, je la ferai lire à d'autres personnes."
Dans ce courrier, Hermann Hesse explique à son correspondant que le chemin
idéal et tout tracé n'existe pas, qu'il faut se méfier des
valeurs trop générales et des moules dans lesquels les gens se
coulent, en particulier les artistes. Chacun possède une
vérité intérieure qu'il se doit de trouver et pour ce faire,
il doit parcourir son propre sentier tout en gardant à l'esprit qu'il ne faut
pas trop exiger ni vouloir plus que ce qu'il n'est possible d'obtenir. Une surdose
d'idéalisation ne peut que mener à la déception, voire au
fanatisme et à la guerre. Hesse a des mots durs envers ses contemporains,
grisés par les illusions et les promesses du bonheur absolu. Ce cheminement
personnel ne se fait évidemment pas sans efforts, ceux-ci seront nombreux et
durs, surtout en cette période de perte des valeurs humaines dans la
société.
On devine la désillusion de Hesse, liée aux événements
de l'époque mais aussi à sa propre vie, dans chaque ligne de ce
récit. Il s'en dégage cependant un formidable message d'encouragement
et de lucidité, une grande force morale qui ne peut qu'inspirer le respect
et conduire à explorer d'autres terres, les siennes. A l'image de Socrate
qui privilégie le monde intérieur dans son questionnement à
Criton, au détriment du monde extérieur, volatile.
Un texte sobre et mûri, à méditer.
"D'innombrables tentations nous détournent continuellement de cette voie :
la plus forte de toutes est celle qui vous fait croire qu'au fond, on pourrait être
quelqu'un de tout à fait différent de celui que l'on est en réalité et l'on se met
à imiter des modèles et à poursuivre des idéaux qu'on ne peut et ne doit pas égaler
et atteindre. C'est pourquoi la tentation est particulièrement forte chez les
personnes supérieurement douées, chez qui elle présente plus de danger qu'un simple
égoïsme avec ses risques vulgaires parce qu'elle a pour elle les apparences de la
noblesse d'âme et de la morale." (page 13)
Note : 4,5/5
(Sahkti1)
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